Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LONDRES/Le Courtauld réunit les Magnificences d'Antoine Caron

Crédits: Courtauld Institue, Londres 2018

Il est difficile de parler de peinture à Londres sans évoquer l'Institut Courtauld, à la fois école et musée. Installé à Somerset House, chef-d’œuvre architectural du XVIIIe siècle édifié par William Chambers, ce dernier propose une somptueuse galerie de tableaux de la Renaissance et d'impressionnistes. C'est là que se trouvent notamment «La loge» de Renoir et «Un bar aux Folies-bergères» de Manet. Excusez du peu. 

Formé par legs successifs, le Courtauld possède aussi un impressionnant cabinet des dessins. Ces derniers ont longtemps manqué de visibilité. Quelques mécènes ont payé il y a quelqeus années l'aménagement d'un cabinet à l'entresol. Une grande chambre, basse de plafond. Difficile de faire plus intime. Le lieu a abrité diverses présentations maison. Doté d'une nouvelle conservatrice en la personne de Ketty Gottardo (ex-Christie's Paris, ex-Getty Los Angeles), il se lance aujourd'hui dans une exposition internationale. Petite, certes. Mais avec des prêts importants du Louvre,  de ou de la Pierpont Library de New York. Le sujet reste apparemment austère. Cette rétrospective de poche se voit dédiée à Antoine Caron (1521-1599), qui travailla pour une Catherine Médicis devenue veuve, mais pas joyeuse pour autant. Elle ne se départit jamais des voiles du deuil de son époux Henri II, mort des suites d'un tournoi en 1559.

Une symbolique complexe 

Il y a aux murs une dizaine de grand dessins, au crayons et lavis brun. Ces «Magnificences», dont deux appartiennent au Courtauld, offrent la trace des fêtes splendides en plein air données par les derniers Valois. Des réjouissances dont la France devait longtemps garder le souvenir. «La princesse de Clèves» de Madame de La Fayette ne se situe pas pour rien à la fin du XVIe siècle. Il s'agissait alors d'affirmer la primauté de la Cour en des temps troublés par les Guerres de Religion. Une complexe symbolique sous-tend ces combats de fantaisie où des Maures combattent des Amazones ou des Sauvages. Une puissante machinerie aidait à rendre ces luttes plus spectaculaires, avec un dragon au besoin. Il fallait que l'Europe entière en parle. Les dessins de Caron, exécutés dans les années 1570, ont du reste servi de base à une suite de onze tapisseries une décennie plus tard. Elle se trouve aujourd'hui aux Offices de Florence, ville natale de Catherine de Médicis. 

Cet ensemble dispersé (contrairement à «L'histoire d’Artémise» du même Caron, reliée dans un volume de la Bibliothèque nationale de France) prend son sens aux murs du Coutauld. Il souligne aussi le talent de narrateur de l'homme, dont l’œuvre pictural conservé est rare. Les experts se battent depuis des décennies afin de savoir quels «Massacres du triumvirat» sont de sa main et quel autres émanent de disciples (1). La peinture française de la Renaissance est réduite à l'état de lambeaux plus ou moins anonymes. La main de ce natif de Beauvais se reconnaît en revanche aisément dans sa partie graphique, avec ces petites figures allongées et ces effets maniéristes de composition. L'homme méritait bien son coup de projecteur, même si la lumière du Courtauld reste comme il se doit limitée à 40 Lux. 

(1) L'un des ouvrages de référence reste celui publié par Jean Ehrmann aux Edition Flammarion en 1986.

Pratique 

«Antoine Caron, Drawing for Catherine de Médicis», Courtauld Gallery, Strand, Londres, jusqu'au 15 avril. Tél. 004420 78 48 11 94, site www.courtauld.ac.uk Ouvert tous les jours de 10h à 18h.

Photo (Courtaud, 2018): Une chasse de Caron exposée à Londres.

Prochaine chronique le mardi 20 mars. Barthélémy Menn au Cabinet de arts graphiques genevois.

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