Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LONDRES/La "Classic Week" a vu quelques gros prix pour l'art ancien

Crédits: Christie's, Londres 2018

Il est devenu de bon ton de dire que la peinture ancienne, et d'une manière plus générale l'art ancien, ne vaut plus rien financièrement. La Classic Week de Londres est en train de démontrer le contraire. Oh, pas pour tout! Mais les ventes choisies organisées comme chaque année au début de l'été ont réservé de bonnes surprises. Surtout si l'on pense qu'elles recelaient peu de véritables chefs-d’œuvre. 

C'est un bronze florentin baroque qui a obtenu la plus grosse enchère. Cet «Hercule luttant contre Achelaos» (je ne vous ferai pas l'insulte de vous rappeler les enjeux de ce combat mythologique) de Ferdinando Tacca s'est vendu 6 758 750 livres chez Christie's, en comptant les taxes. Il a ainsi envoyé au tapis, ce qui s'imposait vu le sujet, un portrait d'homme de Pierre Paul Rubens. Celui-ci s'est arrêté à 5 416 400 livres chez Sotheby's. En revanche le portrait de petite fille de l'artiste flamand est resté invendu chez Christie's en dépit d'une publicité monstre et de sa provenance: le «Met» de New York. Il est permis de trouver fort chère la «Sainte Famille» réalisée vers 1500 par Gerard David à de multiples exemplaires: 4 846 250 livres chez Christie's. L'austère portrait de Carlo Alberto Rati Oppizoni en armure de Ludovico Caracci possédait au moins le mérite de l'unicité: 5 071 250 livres chez Christie's aussi.

Records suisses

Parmi les «viennent ensuite» se situent de fort beaux tableaux. Ceux-ci avaient été mis en valeur chez Sotheby's par Victoria Beckham (mais oui!) en tant de «designer». Sotheby's proposait ainsi un portrait de profil anonyme de Marie de Bourgogne, la fille de Charles le Téméraire, celle par qui les Pays-Bas ont passé au Saint-Empire. Deux millions cinquante mille livres pèsent peu par rapport à un tel souvenir historique proposé par Sotheby's. La même maison avait en catalogue un magnifique portrait d'homme, le modèle restant ici inconnu, de Cranach: 2 410 000 livres. Soit moins qu'une «Sainte Famille» germanique de la même époque réalisée par Hans Baldung Grien: 3 010 000 livres. Tout cela fait largement passer les invendus, qui ont du reste peut-être trouvé preneur depuis. On est très «after sale» chez les deux sœurs ennemies. 

Et les Suisses là-dedans, dirai-je comme si nous étions au Mondial de «foot»? Ils s'en sont mieux tirés qu'avec le ballon rond. Deux records. Un dessin du Zurichois Füssli, réalisé vers 1790 sur le thème de la reine des fées, s'est vendu 728 750 livres, soit environ un million de francs. Cela semble d'autant plus remarquable que le cher homme a fait mieux que ça. La mini-miniature du Genevois Liotard qui clôturait la vente sur ce genre passant pour démodé (une vente qui s'est en fait très bien passé) est enfin montée à 93 750 livres. Elle représentait aussi un inconnu. Ces deux œuvres étaient proposés par Christie's.

Photo (Christie's, Londres 2018): Le dessin de Johan Heinrich Füssli, qui a fait presque toute sa carrière en Angleterre.

Texte intercalaire.

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