Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LONDRES/L'Incendie de 1666 évoqué sur la Tamise par l'Américain David Best

Crédits: AFP

Il n'y à pas à dire (ou plutôt à redire). Les Anglais savent mieux commémorer que les autres. Il faut dire qu'avec la reine, qui fêtera à la fois ses 65 ans de règne et ses 70 ans de mariage en 2017, ils ont l'habitude du cinéma permanent. Les Britanniques ont donc appris à varier leurs mises en scène. 

En septembre 2016, il s'agissait pour eux de rappeler un événement terrible, le Grand incendie de Londres en 1666. Le feu avait éclaté, dans une ville encore médiévale, le 2 septembre à Pudding Lane. Il était parti de la boulangerie d'un certain Thomas Farrinor (un beau nom pour un homme pétrissant la farine). Les maisons étaient pour la plupart en bois. Le lord-maire de l'époque hésita à en abattre beaucoup, afin d'empêcher la propagation des flammes. Il y eut donc, à l'arrivée trois jours plus tard, 13.200 immeubles détruits, dont 87 églises. L'ancienne cathédrale Saint-Paul gothique a alors disparu.

Peu de victimes 

Le feu fit paradoxalement peu de victimes, Farrinor lui-même mourant en 1670 à 40 ans. Il y en aurait eu officiellement huit. Des historiens récents ont cependant émis l'idée que les pauvres s'étant retrouvés carbonisés n'avaient pas été comptabilisés. Personne ne s'était inquiété d'eux. Il y eut en revanche plusieurs lynchages. Une telle catastrophe ne pouvait rester accidentelle. Il faut aussi dire que Londres se relevait à peine de la Grande Peste, qui avait exterminé entre 75.000 et 100.000 de ses habitants en 1665. Ce qui est sûr, ce qu'il y a eu moins de victimes que lors du sinistre de Southwark en 1212. Trois mille disparus. Notons enfin que la ville, aux quatre cinquièmes anéantie, devait subir un nouvel incendie à Whitehall en 1698 (1). L'époque demeurait propice aux catastrophes, avec ses ruelles et ses colombages. Le pont de l'Ile et ses environs ont ainsi été embrasés à Genève le 17 janvier 1670, causant nettement plus de morts que l'incendie londonien de 1666. Il fut alors décidé par les Conseils qu'il ne comporterait plus de maisons sur ses côtés. 

Le roi Charles II, monté sur le trône en 1660, et le Parlement auraient bien aimé profiter de l'occasion pou construire une capitale plus moderne et plus aérée, avec de belles grandes rues rectilignes se coupant à angle droit. Ce ne fut guère possible, à cause du parcellaire qui aurait exigé d'innombrables expropriations. Il fallut des décennies pour relever les églises. Ce chantier fut confié à Christopher Wren, qui bâtit notamment un Saint-Paul à coupole majuscule imité de Saint-Pierre de Rome. Les autres lieux de culte, très typiques, se révèlent plus originaux. Les meilleurs furent construits par Nicholas Hawksmoor, à l'imagination un peu folle. L'homme a ainsi reçu son hommage à la Biennale d'architecture de Venise en 2014.

Un spécialiste de l'éphémère 

Mais revenons aux célébrations. L'idée a été de construire une maquette, qui se verrait incendiée sur la Tamise sous les yeux du public. Le soin de construire la chose, de 120 mètres de long, a été confié à un Américain (mais oui...) spécialiste de tels exploits festifs. Il s'appelle David Best. Ce sculpteur, né en 1945, a conçu cette fois un décor de bois assez schématique, visible de loin. Le feu a été bouté, comme on dit, à l'heure prévue. Tout a admirablement marché. Les photographes ont mitraillé l'événement, et on peut les comprendre. La combustion avant écroulement a tout de même pris un certain temps. Leurs images se révèlent particulièrement spectaculaires. 

(1) L'immense Parlement médiéval est lui parti en flammes (sauf une aile) en 1834.

Photo (AFP): L'Incendie de Londres revisité par le sculpteur et scénographe David Best.

Texte intercalaire.

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