Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LONDRES / L'"étrange beauté" contestée de l'art allemand

Tout réside dans le point d'interrogation. Il interpelle par la manière dont il zèbre l'affiche. "Strange Beauty" se voit ainsi mis en doute. Déjà qu'en parlant d'"étrange beauté", comme le fait la National Gallery de Londres, c'est déjà la relativiser... 

Mais de quoi s'agit-il? D'une présentation des collections germaniques du musée, qui ont quitté leurs salles habituelles afin de faire place à l'art plutôt volumineux de Paolo Veronese. Les toiles et panneaux se voient explorés (dans le sous-sol) sur le plan historique. Montrer l'art allemand de la Renaissance n'allait en effet pas de soi au XIXe siècle. Il semblait trop éloigné des canons classiques de la peinture italienne. Cranach (1472-1553) avait-il vraiment sa place auprès de Raphaël (1483-1520), dont il était pourtant le contemporain?

Un refus viscéral 

Lorsque la National Gallery (NG) s'est ouverte, en 1824, elle ne comprenait par conséquent aucune création germanique des XVe et XVIe siècles. Tout est venu plus tard, et non sans peine. A la tête de l'institution entre 1843 et 1847, Charles Eastlake trouvait Matthias Grünewald "repoussant". Il refusa d'acquérir un Cranach pour une raison que nul n'oserait plus avancer aujourd'hui. "Je ne l'achèterai pas, tout simplement parce qu'il ne me plaît pas." 

Le directeur avait pourtant ses détracteurs. Parmi ces derniers figurait le prince Albert, époux de la reine Victoria. Un Saxe-Cobourg-Gotha. L'homme collectionnait les primitifs, tant italiens qu'allemands. A sa mort en 1863, la souveraine remit à la National Gallery les panneaux que son mari lui avait demander de transmettre par testament. Difficile de refuser. Mais la partie n'était pas gagnée! L'achat en bloc de l'ensemble réuni par Karl Krüger se vit si contesté, en 1864, que le Parlement édicta une loi. Elle permettait à la NG de le revendre en partie. Des 164 peintures, le musée n'en garda qu'une vingtaine. D'autres se virent déposées en province. Le reste fut dispersé pour.... dix pour-cent de sa valeur d'achat. Difficile de parler là d'une bonne affaire!

Retournement du goût 

Aujourd'hui, la NG n'en possède pas moins un admirable ensemble germanique, complété à coups de millions, la donation Salting de 1910 n'ayant pas comblé l'intégralité des lacunes. Tout est là, ou presque (dans les sous-sols, donc), présenté de manière thématique et didactique. Le visiteur retrouvera ainsi, en acquittant le prix d'un billet d'entrée, ce qu'il voit habituellement sans payer. Mais l'acrochage se révèle aussi éclairant que bien fait. Il remet les idées en place. Qu'y a-t-il aujourd'hui de plus à la mode que l'art allemand, qu'il s'agisse des peintres de la Renaissance, de romantiques à la Friedrich ou de modernes créateurs comme Néo Rauch ou Anselm Kiefer?

Pratique

"Strange Beauty?", National Gallery, Trafalgar Square, Londres, jusqu'au 11 mai. Tél. 004422 77 47 28 85 site www.nationalgallery.org.uk Ouvert tous les jours de 10h à 18h, le vendredi jusqu'à 21h Photo (National Gallery): Fragment du Cranach faisant l'affiche.

Ceci est un texte intercalaire. J'avais oublié que l'exposition se terminait bientôt... Demain samedi 26 avril, comme prévu, le trésor de Saint-Maurice d'Agaune au Louvre.

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