Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LONDRES/L'art écossais des années 1750 à 1900 dans les collections royales

Crédits: Royal Collection

Vu du continent, l'amateur éprouve de la peine à croire en l'existence d'une peinture écossaise. A l'heure où la Grande-Bretagne risque d'imploser (il y a déjà eu un référendum en Ecosse et la menace d'un après-Brexit est à l'ordre du jour), il faut cependant bien admettre qu'on a brossé beaucoup de toiles entre Glasgow et les Highlands. La Queen's Gallery le rappelle aujourd'hui à Londres, avec un choix d'oeuvres exécutées entre 1750 et 1900. L'exposition ira ensuite à Holyroodhouse, le palais de la reine aux abords d'Edimbourg. 

Ici comme en Angleterre, les choses commencent tard. Le premier grand portraitiste autochtone (le portrait restant le grande genre britannique) reste Allan Ramsay (1713-1784). Coup de chance! C'est à lui que George III, troisième souverain de l'actuelle dynastie des Hanovre, va commander son effigie officielle au moment de son avènement en 1760. La toile se verra comme de juste déclinée en de multiples exemplaires. Il y a ici l'original, non loin de son pendant figurant la reine Charlotte, née comme on sait Mecklemburg-Strelitz. Ils avaient fait un mariage d'amour. Personne ne se doutait alors que cet adolescent blondasse deviendrait «the mad George».

La passion de Victoria 

L'essentiel date cependant ici du XIXe siècle. Et pour cause! Comme tous les gens de la capitale du reste, les Hanovre se sont complètement désintéressés de l'Ecosse, qui connaissait pourtant une étonnante floraison culturelle à la fin du XVIIIe siècle (pensez aux poèmes d'Ossian de McPherson et aux architectures des frères Adam). Ils suivaient en cela la fâcheuse attitude leurs lointains ascendants les Stuart, pourtant écossais d'origine (songez qu'ils étaient les petits ou arrière petits enfants d'une certaine Marie Stuart). Aucun souverain anglais ne prit ainsi la peine de remonter vers le Nord aux XVIIe et au XVIIIe siècle. Il fallut attendre George IV, sur le trône de 1820 à 1830, pour avoir une visite royale à Edimbourg. C'était en 1822. 

Ce fut dès lors un retournement total de tartan. Victoria, la nièce de George IV, adorait l'Ecosse, où elle séjournait très souvent. Holyroodhouse lui semblant un brin cérémonieux, elle y acheta un vaste terrain. Elle y fit édifier Balmoral. Elizabeth II, qui a toujours voulu conserver un lien avec le pays profond, y séjourne encore chaque été. Il s'agit, si l'on veut, de sa résidence secondaire, l'île de Wright (avec Osborne House) ayant depuis longtemps été abandonnée par la Couronne. La mère d'Elizabeth II entretenait des liens encore plus étroits avec le pays. L'aristocratique Elizabeth Bowes-Lyon avait été élevée à Glamis, que son site vante comme «le plus beau château d'Ecosse». Il faut dire que le lieu, surchargé de tours roses, fait très conte de fée (avec des hivers qui doivent pourtant se révéler durs).

David Wilkie en gloire

Je quitte maintenant «Point de vue-Images du Monde» pour en revenir à l'actuelle exposition londonienne. Y a été rassemblé ce qui offre un lien entre les collections royales et l'Ecosse. Après Ramsay, il y a ainsi James Giles, John Philipp et surtout David Wilkie (1785-1841). L'homme devint vite l'un des peintres favoris de Georges IV, collectionneur boulimique s'il en fut. Le roi lui acheta. Lui commanda. La Queen's Gallery peut ainsi aligner une dizaine de ses oeuvres majeures, de ses débuts à la hollandaise aux grandes toiles révélant son long séjour en Italie et en Espagne. Sa touche s'élargit alors, comme le format de ses tableaux. L'ensemble est sans doute unique. Le Louvre, qui s'est offert un petit Wilkie riquiqui ces dernières années, a de quoi rougir de honte. Notez qu'il subsiste ici aussi des manques. La Cour ne commanda aucun portrait au grand Henry Raeburn (1756-1823). 

Complété par quelques meubles, des miniatures et des objets, l'exposition n'occupe pas toute la Queen's Gallery. Elle présente dans ses autres espaces la peintre allemande de fleurs et d'animaux Maria Sybilla Merian (1647-1717). Une dame qui était audacieusement partie pour les observer jusqu'au Surinam en 1699. La Royal Collection détient 50 de ses oeuvres. Le tout se voit comme toujours ici présenté avec goût, science et sens de la communication. Les étiquettes disent tout au public, qui connaît ainsi les conditions, les dates (et parfois les prix) des achats. Ceux-ci se sont poursuivis jusqu'à aujourd'hui. Il a ainsi été acquis pour le compte de l'actuelle Elizabeth une esquisse pour l'un de ses Wilkie. On a le sens de la continuité ou on le l'a pas.

Pratique

«Scottish Artists, 1750-1900», «Maria Merian's Butterflies», Queen's Gallery, Busckingham Gate, Londres, jusqu'au 9 octobre. Tél. 0044 303 123 73 01, site www.royalcollection.org.uk Ouvert tous les jours de 10h à 17h30. 

Photo (Royal Collection): "La défense de Saragosse", de Sir David Wilkie. On n'est pas tout à fait dans les mêmes tonalités que chez Goya...

Prochaine chronique le lundi 20 juin. Philippe Pache montre ses photos intimes chez Krisal à Carouge.

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