Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LONDRES/Il fallait oser! Monet et l'architecture à la National Gallery

Crédits: National Gallery, Londres 2018

Monet money. Si les Français sont gavés de peinture du maître toute l'année via l'Orangerie, Orsay et Marmottan, les Anglais doivent apparemment se mettre la ceinture. La National Gallery (NG) conserve bien un certain nombre de toiles de l'impressionniste français, qui fit plusieurs séjours à Londres à partir de 1870. Mais il ne s'agit pas là d'un de ses points forts. Quant au grandes rétrospectives Monet à Londres, il n'y en aurait pas eu depuis vingt ans. Le temps d'une génération.

C'est pourquoi la NG a programmé ce printemps son exposition «block buster». Tout a été fait pour qu'elle marche. L'«engagement» du Crédit Suisse est allé jusqu'aux invitations à des journalistes étrangers, qui en ont dit tout le bien qu'ils ne pensaient peut-être pas vraiment. La presse locale a été travaillée au corps. Hyper positive. Il faut au musée un succès populaire. Il n'est apparemment pas au rendez-vous. Ce n'est bien sûr pas le désert, Trafalgar Square, mais la ruée sauvage escomptée n'a pas eu lieu comme pour le Charles Ier (dont je vous ai parlé en son temps) de cet hiver à la Royal Academy. Il reste à mon avis possible d'entrer sans mal, du moins en semaine. Le visiteur voit en plus très bien les oeuvres sans jouer des coudes, ce qui ne se fait par ailleurs pas outre Manche.

Une idée baroque 

Il faut dire que tout repose ici sur une idée baroque. Il fallait faire du nouveau. De l'inédit. Richard Thomson et Watson Gordon ont donc décidé de parler de «Monet et l'architecture». Vous me direz que Claude Monet (1840-1926) a été inspiré par tout sauf des bâtiments. En effet. Il y a juste le cas célèbre des cathédrales de Rouen. L'homme n'en est pas pour autant devenu un nouveau Canaletto. Il a donc fallu aux commissaires se montrer très inclusif. Une maison dans le lointain au bord d'une falaise, ça compte. Un pont en bois ou en fer aussi. Un train enfumé s'il se trouve dans une gare également. Idem pour les Parlement de Londres, qui se devinent vaguement au travers du brouillard. Le parcours au sous-sol du musée devient du coup un jeu de piste comme on les propose aux enfants. Cherchez l'architecture. Elle doit bien se trouver quelque part.

Une fois passé sur le ridicule du concept (à quand «Monet et la cuisine», «Monet et les animaux» ou «Monet dans la neige»?), l'exposition se regarde comme n'importe quelle autre présentation un peu «chicos» d'impressionnistes. Il y a là 75 tableaux de toutes les époques. Un quart environ provient de collections privées. Certaines œuvres n'avaient jamais été vues par le public européen, du moins depuis longtemps. C'est à mon avis (mais je peux me tromper) le cas pour «La Cour d'Albane» de 1892 en provenance du Smith College Museum of Art de Northampton-Massachussets ou le «Vétheuil en hiver» de la Frick Collection de New York. Plus bien sûr de quelques œuvres (de qualités très diverses, d'ailleurs) fournies des par des particuliers, même si ces derniers se montrent souvent plus prêteurs que les institutions de nos jours. 

Le parcours sur des murs repeints d'un bleu éteint ou d'un gris perle reste strictement chronologique. Il va de la côte normande des années 1860 aux paysages de Venise en 1908. Après, ce sont les «Nymphéas». Mais ceux-ci se trouvent en rappel aux cimaises. Par-dessus l'étang de Giverny passe le «pont japonais». Et un pont, comme je vous l'ai déjà dit, ça compte, non?

Pratique

«Monet et l'architecture», National Gallery, Trafalgar Square, Londres, jusqu'au 29 juillet. Tél. 004420 77 47 28 85, site www.nationalgallery.org.uk Ouvert tous les jours de 10h à 18h, le vendredi jusqu'à 21h.

Photo (National Gallery, Londres 2018): Un paysage de la côte normande. Il y a quelque part une église...

Ce texte intercalaire suit celui sur l'exposition Monet de Paris.

 

 

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