Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIVRES/Tout sur les coiffes blanches des Bretonnes!

Elles ont été popularisées par Paul Gauguin, suivi par tous ceux qui ont fait le pèlerinage de Pont-Aven. Les coiffes des Bretonnes n'étaient pourtant pas si anciennes que ça. On ne commence à les distinguer qu'au XVIIe siècle, comme le rappelle dans sa postface Yann Guesdon. «Il y a celles pour le travail dans des draps encore grossiers, des bonnets pour la maison, des coiffes de cérémonie en tissu plus fin et des coiffes de deuil.» Bref, rien encore de la foultitude de linges amidonnés jusqu'au délire distinguant vers 1850 chaque village des autres, ou presque. Il faudra pour cela une augmentation du niveau de vie et surtout l'arrivée de tulles arachnéens. 

La coiffe est apparemment aussi désuète que les ailes noires des Alsaciennes ou les ajustements des Arlésiennes. «La haute Bretagne fut la première à abandonner les coiffes dans les années 1930.» En 1993, cependant, près de 300 Bigoudènes maintenaient la tradition debout, à tous les sens du terme. Le tulle, qui ne pèse rien, permet de monter très en hauteur. Elles sont aujourd'hui trois. Autant dire que le souvenir se perpétue par le biais de cercles celtiques. Cercles convenables. Rien ici à voir avec les débordements droitiers que suppose aujourd'hui le mot «celtique»...

Images très composées 

Plusieurs livres ont déjà été consacrés à cet élément ressortant aujourd'hui du folklore. Outre celui de Yann Guesdon, le photographe Charles Fréger s'est assuré pour «Bretonnes» le concours de Marie Darrieussecq, qui signe une nouvelle liminaire, «Nous autres». Elle compte parmi les réussites de cette auteure très inégale. 

L'essentiel reste cependant composé d'images, extrêmement composées. Dans des couleurs un peu délavées, Fréger met en scène des femmes semblant se détacher d'un fond conçu comme un arrière-plan évanescent. Le lecteur a l'impression d'une image de studio, même s'il s'agit sans doute d'une prise de vue en pleine nature, bien loin des signes culturels de l'époque moderne. Les femmes restent cependant inexpressives. Renfermées. On sent que toute une photo contemporaine allemande est passée par là.

Pratique 

«Bretonnes», de Charles Fréger, aux Editions Actes Sud (un croisement géographique...), environ 300 pages. Photo extraite du livre.

 

On peut également lire:

«Paysages de l'existence», de Pierre Sansot. Dès la fin des années 1980, Pierre Sansot (1928-2005) est devenu pour beaucoup le tenant du coup de frein social. Il fallait, selon ce philosophe promu auteur grand public, renoncer à voir la vie moderne comme une course. On se souvient ainsi de son «Du bon usage de la lenteur», sorti en 1998. L'homme a aussi écrit sur d'autres choses, tout aussi peu académiques. Elles vont du jardin public au rugby, en passant par les «Gens de peu». L'actuel livre regroupe des essais récoltés après sa mort: conférences, inédits, parutions dans des revues confidentielles. Il s'agit souvent de textes moins faciles. Moins agréables aussi, parfois. Reste le ton Sansot, inimitable. (Infolio, 173 pages). 

«Shadow Pieces /David Claerbout)», de Thierry Davila. Le Mamco présente aujourd'hui une grande exposition Claerbout. Un Anversois de 46 ans. Il s'agit là d'un travail singulier, à cheval sur la photographie, le film et le dessin. Un œuvre largement créé par ordinateur. Thierry Davila, par ailleurs éditeur dans le musée genevois, y voit des «pièces d'ombre», qu'il décortique dans un texte laissé impitoyablement un un seul paragraphe, ou presque. Ces parties sombres sont «des formes qui s'étendent durablement sur le réel, des ombres crépusculaires qui semblent pouvoir annexer à leur obscurité la totalité du monde.» L'ouvrage se compose bien sûr avant tout d'images rendues fixes. La magie s'y perd un peu. (Mamco, 191 pages). 

«Munch/Van Gogh», sous la direction de Maite van Dijk, Magne Bruteig et Leo Jansen. Vache à lait muséale, dans la mesure où son nom garantit un public nombreux, le Hollandais van Gogh se voit ici étrangement associé au Norvégien Munch. Il ne faut cependant pas oublier qu'ils sont nés à dix ans d'écart seulement. C'est la mort qui les sépare dans le temps. Van Gogh se suicide en 1890, Munch disparaît en 1944. Une vaste rétrospective a été montée pour établir des ponts entre ces deux figures iconiques. Elle reste jusqu'en septembre à Oslo. Elle ira ensuite à Amsterdam. De nombreuses toiles célèbres se sont vues rapprochées. Le résultat, sur papier du moins, semble peu convaincant. Voici la version française du catalogue. (Actes Sud, 239 pages).

Prochaine chronique le lundi 27 juillet. La Fondation Caumont s'ouvre à Aix-en-Provence. Premier invité: Canaletto.

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