Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIVRES/Meizoz, Pajak et Garbo pour la rentrée

L'édition est obèse. Tout le monde le sait. Fallait-il vraiment sortir 607 romans pour la rentrée d'automne 2014? Evidemment pas! Je vous rassure tout de suite. Beaucoup d'entre eux n'arriveront jamais dans aucune librairie. Le plus simple serait bien sûr de jumeler la rotative avec le pilon. Le plus écologique de réimprimer les fictions de 2015 sur du papier ainsi recyclé. 

Cela ne signifie pas qu'il faille arrêter par découragement de lire. J'ai choisi ici trois ouvrages en lien avec la culture. Du moins un peu. De toute manière, plus personne ne sait à quoi cette dernière ressemble. A force de tout contenir, elle finit par ne plus rien représenter du tout. 

"Saintes colères", de Jérôme Meizoz. Saintes colères. Saines colères. Le Valaisan a le courage de s'étonner et de détonner. Oh, bien sûr, il le fait toujours dans le bon sens! Il n'allait pas dire du bien de Jean-Marie Le Pen, en se souvenant de son exposé des années 1980 à Sion. Il n'entendait pas se gausser de son compatriote Valentin Carron, dont j'ai si peu aimé la sculpture présentée par la Suisse à la Biennale de Venise en 2013. Le lecteur ne lui verrait pas lui pardonner l'usage immodéré du kitsch national par l'UDC. La mauvaise peinture d'Albert Anker ne saurait couvrir que de mauvais sentiments. Blaise Cendrars a beau rester un grand écrivain. Jérôme Meizoz ne pouvait pas laisser passer ses dérives antisémites. On en veut juste à l'auteur, dont j'avais beaucoup aimé "Séismes", paru l'an dernier chez Zoé, d'avoir toujours raison. Il en devient Monsieur Propre. Un monsieur qui ne doute jamais (Editions d'autre part, 154 pages). 

"Le manteau de Greta Garbo", de Nelly Kaprièlian. L'actrice est morte en 1990. Jusqu'en 2012, ses héritiers ont conservé intacte sa garde-robe. Elle a notamment été exposée par le Museo Ferragamo de Florence, où je l'ai vue. Il était frappant de constater le nombre de robes élégantes acquises par cette femme réputée vivre en pantalons. L'ensemble aurait pu finir dans un musée, comme les toilettes de Marlene Dietrich, cédées en bloc par sa fille à la cinémathèque berlinoise. Les neveux de la Suédoise ont préféré tout mettre aux enchères à Los Angeles. Journaliste de "Vogue" comme des "Inrockuptibles", Nelly Kaprièlian a alors accompli le pèlerinage. Elle en est revenue avec un manteau rouge. Il sert de point de départ à son récit, présenté sous forme de roman. Historique, la première partie se révèle passionnante. Trop personnelle, la seconde ne me semble finalement intéressante que pour l'auteur (Grasset, 285 pages). 

"Manifeste incertain 3", de Frédéric Pajak. Chemises brunes et chemises noires. La mort de Walter Benjamin et Ezra Pound mis en cage. Tout se révèle sombre dans le nouvel ouvrage de Pajak, qui constitue donc le troisième tome de son cycle "Manifeste incertain". L'homme puise dans les années 1930 et 1940 des raisons de désespérer. Il ne s'en cache pas dans la mesure où le narrateur se glisse dans le récit, quelque part entre l'écrivain allemand et le poète américain expatriés. "J'écrirai bientôt à propos de la bassesse humaine. Par quoi commencerai-je? Par le bonheur", est-il dit en légende d'un des dessins ponctuant l'album. Comme dans les deux précédents, l'image recyclée joue ici un rôle fondamental. Il ne s'agit pas d'une BD pour autant. Le graphisme souligne chaque point d'histoire, daté au jour près. C'est le 26 septembre 1940 que disparaît Benjamin, témoin plus que héros des trois premiers volumes. Il y aura une suite. Pajak prévoit en tout neuf bouquins (Noir sur blanc, 224 pages.)

Photo (DR): Jérôme Meizoz. Le Valaisan rend publiques ses colères.

Ce texte va avec une critique de "Figures publiques, L'invention de la célébrité 1750-1850". Voir au-dessus.

Prochaine chronique le lundi 29 septembre. Le Museo Ferragamo de Florence.

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