Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIVRES/Le baron de Cabrol, les Tuileries côté palais et encore Alberto Pinto

Crédits: Editions Flammarion, image tirée du livre "Les scapbooks du baron de Cabrol"

Pour Noël, ce ne sont pas les beaux livres qui manquent. Ce seraient plutôt les lecteurs. Il s'agit d'ouvrages chers, surtout par rapport au prix des catalogues d'expositions. En Suisse, les diffuseurs ponctionnent encore les clients éventuels. Comptez quelque trente pour-cent sur un bouquin à 140 euros. Voilà qui a tout du tarif dissuasif! 

Au cours des dernier mois, je vous ai parlé de nombre se sorties récentes, du «Masaccio» d'Alessandro Cecchi (Imprimerie Nationale) à «Paris-Métro-Photo» de Julian Faure-Conorton (Actes Sud). Vu l'imminence des Fêtes, j'en rajoute ici quelques-uns. Ils seront encore en librairie courant janvier. Un bon mois, à ce qu'il paraît, pour la profession. C'est en février que les choses se gâtent, même si 2015 n'a pas été une mauvaise année pour tout le monde. 

Les scrapbooks du baron de Cabrol et la Café Society de Thierry Coudert. En 2011 mourait à 96 ans Marguerite d'Harcourt, dite Daisy, baronne de Cabrol. C'était la survivante d'un monde révolu. Née dans les années 1930, la Café Society s'est délitée dans la seconde moitié des «sixties». Il s'agissait d'un univers cosmopolite, riche, mais encore lié aux anciennes aristocraties, à la haute couture et aux mondanités traditionnelles. Le duc et la duchesse de Windsor en constituaient du reste les têtes (dé)couronnées. Les Cabrol (Fred est décédé en 1997) étaient ainsi des toutes les fêtes, données par les Beaumont, le baron Alexis de Rédé, Carlos de Beistegui ou les Rothschild jusque vers 1970. Fred avait cependant une particularité. Il découpait les photos, les complétaient de dessins, créant ainsi des compositions amusées et amusantes, à la manière d'un Christian Bérard. Thierry Coudert avait déjà utilisé ces reflets du temps perdu pour un précédent ouvrage sur cette Café Society aujourd'hui remplacée par la tapageuse et vulgaire Jet Set. Il leur donne ici la vedette. C'est très charmant, même si l'on ignore tout des personnages (Flammarion, 264 pages). 

Les Tuileries, Grands décors d'un palais disparu, ouvrage collectif. C'est aujourd'hui un jardin, auquel Paris tente de redonner un peu de superbe. Ce fut de la fin du XVIe siècle jusqu'en 1871 un palais, tantôt royal, tantôt impérial. Un lieu de pouvoir donc, incendié comme tel par la Commune. Il n'en resta alors que d'encombrantes ruines. Que faire de ces façades? La République décida de les raser en 1883. Un geste politique, comme celui de vendre les diamants de la Couronne. On reconstruisit pourtant, au bout du Louvre, les pavillons de Flore et de Marsan. Une équipe de chercheurs a recherché les images de ce bâtiment perdu. Il y a des peintures. Des objets en provenant. Des photos aussi. Les lieux furent documentés de la sorte sous Napoléon III. Les auteurs ont aussi cherché les fragments architecturaux, démontés et vendus en 1883. Il y en a partout, de la villa Pozzo di Borgo aux jardins parisiens. Notons qu'une arcade a récemment été remontée au Louvre, dans une cour de sculptures. Elle remonte au XVIe siècle, les murs ayant été d'innombrables fois modifiés jusque sous le Second Empire. (Editions du Patrimoine, 290 pages) 

Alberto Pinto, Signature, de Linda Pinto et Anne Bony. Mort en 2012 à 67 ans, Alberto Pinto créait à l'intention d'une clientèle milliardaire des décors intérieurs de rêve. Il avait deux styles. Le traditionnel, avec du Louis XIV, du Louis XV et du Louis XVI surdoré. Et la tendance contemporaine. Un style chez lui très éloigné de l'épure du design. Tout se révélait énorme et tapageur, à la mesure des commanditaires. Notons que ce genre, à côté duquel les réalisations de Jacques Garcia sembleraient jansénistes, n'a pas disparu. Linda Pinto a repris les rênes d'une maison installée place des Victoires, à Paris. Elle compte 80 collaborateurs. Linda a travaillé avec Anne Bony à cet ouvrage, le dixième à rendre hommage aux créations de feu son époux. De tels décors demeurent en effet éphémères. A ce niveau de fortune, on aime le changement. Le volume actuel, destiné à faire rêver le pauvre lecteur, se concentre sur des réalisations classiques. Il y a là un palais à Mayfair, une maison georgienne à Londres ou un hôtel particulier à Paris. L'Argentin de Casablanca aimait s'exprimer dans beaucoup d'espace bien situé. Hubert de Givenchy signe la préface. (Flammarion, environ 300 pages)

Photo (Image tirée du livre): Noël 1943 chez les Harcourt. L'Occupation n'a pas eu la même dureté pour tout le monde. Une aquarelle de Fred de Cabrol. Notons que le livre a rencontré un aussi vaste écho en Angleterre qu'en France. Un succès très imprévu.

Texte intercalaire.

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