Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIVRES/Delessert, Fabienne Radi, Astruc et les autres

Cette liste pourrait ne plus avoir de fin. Le public a pu le redécouvrir au récent Salon du Livre à Palexpo. En dépit de la crise des librairies, des éditeurs et des lecteurs, il ne s'est jamais autant publié. Logique que les beaux-arts et leur banlieue ne restent pas épargnés par cette inflation. Voici donc un tout petit choix. 

«L'ours bleu», d'Etienne Delessert. Le fils du pasteur vaudois, depuis longtemps installé aux Etats-Unis, a connu ici son heure de gloire dans les années 1960, 1970 et 1980. Il illustrait alors des campagnes de publicité comme des articles de journaux. Son style poétique savait se mettre à distance des choses pour mieux les cerner. Certaines images restent dans l’œil des décennies plus tard. A 74 ans, l'homme raconte ici sa vie, un peu dans le désordre, avec ses hauts et quelques bas, dont le film d'animation inachevé «Supersaxo». Le privé trouve sa place aux côtés du public. (Slatkine, 254 pages) 

«Cent titres sans sans titres», de Fabienne Radi. On avait découvert l'écrivaine grâce au Mamco. Elle récidive grâce à une bourse du Fonds cantonal d'art contemporain. L'artiste romande jongle ici avec les titres des œuvres conservées par le FCAC. Il s'agit pour elle d'un simple support intellectuel. Ces mots lui permettent à chaque fois d'inventer une histoire, tantôt minuscule, tantôt longue d'une page. C'est très décalé, mais pour une fois au bon sens du terme. Difficile en effet de donner un ouvrage aussi personnel. Fabienne parle d'elle-même, et elle en parle bien. (Boabooks, 286 pages pour le moins aérées) 

«Le plaisir en toutes choses», d'Alexandre Astruc. En 1953, «Le rideau cramoisi», qu'interprétaient Anouk Aimée et Jean-Claude Pascal constituait un ovni dans le ciel un peu plombé du cinéma français. Alors âgé de 30 ans, Alexandre Astruc y mettait en pratique son idée de la «caméra stylo», lancée dès 1948. Retiré depuis bien longtemps de la vie cinématographique, mais toujours actif en tant qu’écrivain, l'artiste se raconte à son vieux complice Noël Simsolo dans un recueil d'entretiens. Un témoignage utile sur une carrière finalement avortée. L'histoire du septième art est aussi faite de projets inaboutis. (Neige, 215 pages) 

«Paris intérieur», de Philippe Le Guillou. Piéton de paris, comme il en existe depuis le XVIIIe siècle, Le Guillou parcourt le IIe arrondissement parisien. Un quartier en pleine mutation depuis le début des années 2000. Le Sentier se meurt. L'épicentre de la fripe bon marché n'a pas supporté la mondialisation, qui fait aujourd'hui déferler les vêtements bas de gamme d'Asie. Il lui faut se réinventer. Le Guillou (par ailleurs connu comme écrivain catho) regarde moins vers l'avenir que dans le rétroviseur. Son exploration se fait nostalgique. Tout va ici aussi se gentrifier. L'ouvrage de pouvait paraître qu'à L'Arpenteur. (82 pages) 

«La visite au musée», d'Henri Lévi. Lévi est agrégé en lettre classiques. Autant dire qu'il a des lettres, qui deviennent ici autant de mots. Il faut pouvoir suivre ses pérégrinations muséales devant Botticelli, Rembrandt ou Delacroix. Il s'agit de dissertations amenées par la vue d'un chef-d’œuvre. Le «Portrait de Jean le Bon» du Louvre, le premier de la peinture occidentale (fin du XIVe siècle), l'amène ainsi par glissements jusqu'aux écrits de Pline l'Ancien sur la peinture, remontant à l'Antiquité romaine. C'est essoufflant, d'autant plus que le ton reste très sérieux. Ce n'est pas du Daniel Arasse... (Actes Sud, 233 pages)

Photo (DR/Photo tirée du livre): "Yok-Yok, Promenade en forêt" d'Etienne Delessert (2013).

Ce texte intercalaire accompagne celui, situé immédiatement au-dessus dans la liste, concernant "Je veux des quartiers" de Max et Adèle Jacot.

 

 

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