Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIVRES/De Clergue à Alain Huck en passant par Nicolas Bouvier

J'ai honte. D'une manière permanente. Deux grosses piles de livres viennent sans cesse me rappeler leur présence. Il s'agit d'ouvrages non lus, parfois même non déballés. Que voulez-vous? Non seulement les gens écrivent toujours davantage, mais ils font de plus en plus long. Comment suivre le mouvement sans être l'Argus aux mille yeux de la mythologie? D'ici la fin de l'année, je vais donc procéder, sauf exceptions, sous forme de notes courtes. Voici les premières. 

«Lucien Clergue, Les premiers albums». Le Grand Palais accueille jusqu'au 15 février une grande exposition Clergue, la première depuis le décès du photographe en 2014, à 80 ans. Elle s'axe sur les débuts de l'artiste, dans un Arles dévasté par les bombardements de 1944, puis sous les ailes (parfois disjointes) de Picasso et de Cocteau. Il y a donc là des ruines, des gitans et des toros, avant que le Provençal en arrive à ses premiers nus féminins. La direction du livre est assurée par François Hébel, ex-directeur des «Rencontres» d'Arles et par Christian Lacroix, qui signe aussi la magnifique scénographie parisienne. (Editions RMN, 230 pages)
«Chema Madoz, Les règles du jeu». Né à Madrid en 1938, le photographe réunit curieusement la fantaisie surréaliste et la rigueur du Bauhaus germanique. N'utilisant que le noir et blanc, il montre des objets détournés de leur sens initial. Une balance à l'ancienne peut servir de dos de siège et une lampe de poche se voir pourvue d'un abat-jour. L'humour reste pince-sans-rire, les images demeurant en apparence froides et neutres. Il s'agit là de la version française du catalogue d'une exposition ayant eu lieu l'été dernier à Madrid. Les œuvres présentées datent toutes de la période 2008-2014. (Actes Sud, pages non numérotées)
«Nicolas Bouvier, Histoires d'une image». On connaît le voyageur. On révère l'écrivain. Un peu trop, sans doute. Le Genevois s'est ainsi retrouvé momifié par le respect, tout comme a consœur Ella Maillart. Bouvier fut aussi, par goût et pour vivre, un grand iconographe. Un métier à l'époque «presque aussi répandu que celui de charmeur de rats». Voici la réédition d'un petit livre, déjà paru de manière posthume en 2001. L'homme y raconte des anecdotes, liées à des images à trouver. Ce sont des souvenirs et des divagations. Des récits et des dialogues. Bouvier avait, à tous les sens du terme, l'humeur vagabonde. (Zoé Poche, 112 pages).
«Passages, Une histoire de la sculpture de Rodin à Smithson». «L'objet de ce livre est théorique et critique tout autant qu'historique», prévient Rosalind Krauss dans la préface du livre. Il s'agit pour l'Américaine de faire aller son lecteur du moment où la sculpture décroche de son rôle classique de représentation jusqu'au moment où elle investit la nature sous forme de «land art». Les éditions Macula ont déjà publié plusieurs ouvrages de cette universitaire, née en 1941, dont «Les papiers de Picasso» ou «Le Photographique». Les amateurs savent donc qu'il ne s'agit pas d'un auteur facile. Précisons que ce texte date de 1977, ce qui le rend presque historique. (Macula, 302 pages)
«Alain Huck, La symétrie du saule». Le Mamco (et la galerie Skopia) ont beaucoup fait à Genève pour Alain Huck, qu'ils ont régulièrement montré. Né en 1957 à Vevey, l'artiste a ainsi vu popularisés ses grands dessins (plus de deux mètres de large) où il montre une nature dépourvue d'habitants. Pour les éditions du Mamco, en décalage avec l'activité d'expositions de la maison, David Lemaire vient d'écrire un livre très illustré, aux textes truffés de citations et de notes. Il procède par traversées temporelles et «carottages thématiques». Autant dire qu'il est beaucoup demandé d'attention et de culture au lecteur. (Mamco, 343 pages).

C'est tout pour aujourd'hui!

Photo (Lucien Clergue): Photo de tournage du "Testament d'Orphée" de Jean Cocteau en 1959.

Texte intercalaire. Il suit immédiatment celui consacré aux mémoires d'Helene et Wolfgang Beltracchi.

 

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