Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIVRE/Zao Wou-Ki à Paris. Que dire dans un catalogue d'exposition?

Crédits: François Guillot/AFP

«Cet ouvrage est publié à l'occasion de...» Il y a belle lurette que ce genre de formule se multiplie. Le catalogue se meurt sous sa forme classique. Il s'agit désormais de publier un livre à durée de vie plus longue. Il arrive même qu'on ne sache plus trop ce qui a été effectivement exposé dans tel ou tel lieu. Une fausse question, finalement. Il vaudrait aujourd'hui se demander s'il faut vraiment qu'une publication importante reste attachée à une manifestation temporaire. Les librairies et les bibliothèques sont déjà bourrées. Saturées. Ne vaudrait-il pas mieux imprimer qu'en cas de réelle nécessité, quand il y a vraiment quelque chose à dire? Nous sommes en effet dans une époque où ce genre de volumes se vend de plus en plus mal. On comptait jadis qu'un visiteur sur dix repartait avec un catalogue. Qu'en est-il en 2018? 

Cela dit, le «Zao Wou-Ki» paru pour l'actuelle rétrospective du Musée d'art contemporain de la Ville de Paris tient assez bien la route. La chose se présente comme un album oblong. Elle comporte beaucoup de reproductions, notamment de détails. Les textes ne s'imposaient pas tous, à commencer la préface de la maire Anne Hidalgo. Mais il est intéressant de voir le directeur Fabrice Herrgott défendre sa politique «révisionniste», si différente de la doxa beaubourgeoise. On sait que l'homme vient de défendre Jean Fautrier après avoir sorti du purgatoire Bernard Buffet et enfin montré en France la pionnière Paula Modersohn-Becker.

Rapports avec les Etats-Unis 

Pour la suite, le lecteur a le choix entre plusieurs textes tenant de la dissertation de bon élève ou de la «laudatio» universitaire. François Michaud a signé «Abstraction de toute lourdeur», où il est question d'Henri Michaux, avec «x» cette fois. Erik Verhagen parle des rapports avec le compositeur Varese. Yann Hendgen aborde la question de la monumentalité avec «Peindre au-delà des limites». La contribution la plus intéressante me semble celle de Melissa Walt. Elle traite des rapports de l'artiste avec l'avant-garde américaine dans les années 1950 et 1960. Pris entre trois continents, Zao effectue alors plusieurs séjours déterminants aux Etats-Unis, où vit son frère qui a émigré de Chine dès 1944. Melissa Walt s'est concentrée sur les relations avec trois artistes abstraits qui ont eux choisi l'Europe. Il s'agit de Sam Francis, de Joan Mitchell et de Mark Tobey. 

Voilà. La bibliographie Zao Wou-Ki s'élargit. J'aurais aussi pu vous parler de «Zao», paru en mai dans la collection blanche de Gallimard. Richard Texier raconte dans ce bouquin de 160 pages ses rapport d'artiste peu connu à artiste célèbre durant de nombreuses années. Ce texte est d'un ton moins savant, moins intellectuel et plus intime. Plus humain, par conséquent. Zao s'y retrouve comme décorseté.

Pratique

«Zao Wou-Ki, L'espace est silence», ouvrage collectif édité par Le Musée d'art moderne de la Ville de Paris et Paris-Musées, 152 pages.

Photo (François Guillot/AFP) Zao Wou-Ki dans les années 1990.

Ce texte intercalaire accompagne l'article sur l'exposition Zao de Paris.

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