Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIVRE/Un somptueux pavé a paru sur le peintre Bernard Boutet de Monvel

Crédits: Bertrand Boutet de Monvel/Photo tirée du livre

On pourrait parler d'opération jointe. Le livre est sorti peu avant la vente à Paris de l'atelier Bernard Boutet de Monvel (1881-1949) par Sotheby's, les 5 et 6 avril. Pour Stéphane-Jacques Addade, qui signe ce luxueux pavé, utilisant comme il se doit comme couverture l'autoportrait de 1932 sur fond de place Vendôme, il s'agit cependant d'une suite logique. Il y a plus de vingt ans que ce juriste et historien d'art s'est fait l'expert de l'artiste, longtemps délaissé. On lui devait déjà ainsi l'exposition de la Fondation Mona Bismack en 2001 et une première monographie parue la même année. Notons au passage que le choix de la Fondation Bismarck semblait parfait à l'époque, puisqu'elle est par principe vouée aux rapprochements culturels franco-américains. 

Stéphane-Jacques connaît son sujet sur le bout des doigts. Il a réuni un documentation étonnante, la reproduction des œuvres étant complétée par des photos d'époque, en noir et blanc. Toute la création de l'homme se voit du coup prise en compte, du dessin de mode destiné aux revues jusqu'aux étonnantes vues urbaines de New York, proches de l'Américain Charles Sheeler (1883-1965). Ces contributions au modernisme international, apparemment si étranger à l'esprit de Boutet de Monvel, ne figurent en effet pas dans les ventes d'avril. Une part important est aussi faite au débuts, aux tonalités sombres. L'ouvrage se termine logiquement avec le «Portrait de Millicent Rogers», terminé en 1949, peu avant l'accident d'avion fatal. Un chef-d’œuvre mondain, auquel il avait consacré plus de temps que d'habitude.

Contexte familial 

Le texte de Stéphane-Jacques Addade situe bien Bernard dans son contexte familial, en remontant haut. Le peintre, fils d'illustrateur, descendait d'une longues lignées d'acteurs depuis le XVIIe siècle. Une lignée où figure notamment Mlle Mars, légendaire sociétaire du Français, qui fut la créatrice du rôle de Doña Sol dans l'«Hernani» de Victor Hugo en 1830. L'auteur se permet aussi quelques indiscrétions. Le lecteur apprendra du coup qu'il n'y avait pas que son épouse Delfina (et bien sûr leur fille Sylvie) dans sa vie. A chaque retour aux Etats-Unis, où Bernard a connu ses plus grands succès, l'attendait une certaine Mary B Rogers...

Pratique

«Bernard Boutet de Monvel» par Stéphane-Jacques Addade, aux Editions Flammarion, 365 pages. Très lourd, l'ouvrage se révèle aussi très cher: 125 euros en France.

Photo (tirée du livre): "Portrait de Millicent Rogers", 1949, détail. La milliardaire avait alors 47 ans. Icône de la mode, elle consacrait le reste de son énergie à la reconnaisance des droits civiques des Indiens. 

Ce texte accompagne celui sur la vente Boutet de Monvel situé immédiatement plus haut dans la file.

Texte intercalaire.

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