Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIVRE / Tout sur Barceló, l'Espagnol à la mode

On peut devenir un artiste célèbre sans jouer les «people», en se montrant régulièrement dans des foires comme Art/Basel. C'est le cas de Miquel Barceló. Le Majorquin, né en 1957, est connu des aficionados depuis les années 1970. Il a fait les expositions qu'il fallait. Les meilleurs galeristes l'ont représenté, du Zurichois Bruno Bischofsberger à l'Américain Leo Castelli, en passant par le Parisien Yvon Lambert. 

C'est en lien avec une présentation presque confidentielle des céramiques de l'Espagnol, installée jusqu'au 12 novembre dans le Musée d'art moderne de Céret, que sort aujourd'hui un gros livre. Mais attention! Pas un «beau livre». Entendez par là que sa taille demeure raisonnable, que le papier n'offre rien de super glacé et que la photographie y tient un rôle finalement mineur. Bref. Un véritable ouvrage, comportant un vrai texte.

Un double mythe? 

C'est Dore Ashton, 85 ans au compteur, qui signe ce denier. Donatien Grau en remet un peu, dans sa préface quelque peu amphigourique et ampoulée. Dore, qui a enseigné à l'Université de Yale, a beau être célèbre pour sa prose et ses liens avec les défunts peintres Mark Rothko et Philip Guston, il faut savoir raison garder. Dire à propos de son livre sur Barceló que «c'est un mythe qui s'est emparé d'un mythe» relève de l'excès manifeste. 

On aurait pu imaginer un long entretien avec l'artiste. Un échange de paroles. Il n'en est rien. Barceló restera le grand muet de sa biographie. Une biographie qui s'arrête curieusement en 2007, au moment où l'homme réalise un décor à la cathédrale Bajo el Mar de Majorque. Il y a tout de même eu une suite! En témoigne avec éloquence à Genève l'énorme plafond au Palais des Nations, inauguré en 2008, qui couvre 900 mètres carrés et a nécessité treize mois de travail sur place. Offert par l'Espagne (les 20 millions d'euros de budget avaient alors fait jaser), il propose un décor de stalactites colorées assez impressionnant.

Références culturelles 

Si Barceló demeure presque muet, Dore Ashton éclaire tout de même son parcours. Un parcours à la limite du figuratif, qui comporte autant de rencontres (de Beuys à Twombly, en passant par Miró) que d'itinérances. L'artiste, qui a travaillé à New York ou à Naples ou en Egypte, se partage désormais entre Paris, Majorque et la falaise de Bandiagara, en pays Dogon. Autrement dit au Mali. L'Afrique se révèle d'ailleurs très présente dans son œuvre, qui va de la céramique à la sculpture. 

Les chapitres peuvent ainsi se suivre dans «Miquel Barceló, En chemin». Tous se révèlent pénétrants, cultivés, référentiels. En bonne Américaine fascinée par le vieux Continent, Dore en remet hélas dans la citation. Le livre participe de ce qu'on appelle le «name dropping». Il faut dans caque page comporte autant de célébrités intellectuelles que possible. Une attitude de pouvoir qui n'est pas très différente de celle d'une maîtresse de maison souhaitant un maximum de «people» à de de ses cocktails. On se fait briller avec l'éclat des autres. 

C'est un peu dommage. Barceló se perd du coup «en chemin». Il aurait fallu de l'auteur davantage de modestie. Un biographe se met après tout au service de son sujet. Or ici, Dore Ashton semble nous dire: «Regardez-moi écrire. N'est-ce pas que je suis intelligente?» Le lecteur était pourtant venu dans le désir de connaître mieux le Majorquin...

Pratique

«Miquel Barceló, En chemin», de Dore Ashton, aux Éditions Actes Sud, 250 pages. Photo, Barceló travaillant au Palais des Nations (Fabrice Coffrini/AFP)

Prochaine chronique le dimanche 21 juillet. Beaubourg présente Simon Hantaï. Une passion française.

 

 

 

 

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