Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIVRE/Tania Velmans revient sur "Les chrétiens d'Orient, art et croyance"

Crédits: Couverture du livre

«Les chrétiens d'Orient suscitent, de nos jours, un certain intérêt dû malheureusement aux persécutions dont ils sont l'objet.» La messe est dite. Tania Velmans ne reviendra pas sur le sujet, pourtant douloureux et non sans conséquences pour le patrimoine mondial. Son livre «L'Orient chrétien, art et croyances» se situera dans la droite ligne de ce que la scientifique a publié jusqu'ici. Née en Bulgarie, mais arrivée à Paris dès 1961, la chercheuse du CNRS a déjà énormément produit sur le sujet, comme le rappelle son interminable curuculum vitae. De son côté universitaire, elle conserve du reste une certaine à vulgariser, même si ce gros ouvrage semble accessible à qui posssède de solides bases historiques et théologiques. Les arguments développés ici se révèlent en effet byzantins au double sens du terme. 

Tanias Velmans couvre une aire et une ère très larges. Géographiquement, elle descend de la Georgie à l'Ethiopie, en passant par le Liban, l'Egypte ou la Syrie. Chronologiquement, elle correspond à la durée de l'empire constantinopolitain. Elle va donc du IVe au XVe siècle. A la suite des conquêtes musulmanes au Sud et à l'Est dès le VIIe siècle, les chrétiens d'Orient ont cependant toujours plus largement échappé à la domination des empereurs. Si tous appartiennent bien «à la grande famille orthodoxe», ils s'en distinguent par des particularismes religieux, avec ce que cela pose comme problèmes d'hérésies. Le décor des églises d'Arménie ou de Palestine se révèle donc différent du style de la capitale et de ses provinces environnantes. La chercheuse l'a bien noté lors de ses voyages d'étude, principalement en Transcaucasie. Sur certains sujets en particulier, elle a trouvé une indépendance de fond. «Les chrétiens orientaux cherchaient d'autant plus l'autonomie religieuse et artistique que la plupart d'entre eux ne l'ont pas ou peu connue dans le domaine politique.»

Un art très menacé 

Cette vision contredisant une «doxa» voulant que la vision constantinopolitaine ait été «unaniment et entièrement acceptée» par l'ensemble du monde byzantin, se reflète bien sûr dans l'illustration. D'une qualité très diverse, vu la pauvreté des documents existant, elle reflète un art qui était déjà «disparu aux neuf dixièmes, voire davantage» avant les ravages de Daech. Un art que menacent aujourd'hui non seulement les intégristes de tout poil en Egypte ou ailleurs, mais surtout le temps. Les églises troglodytes de Cappadoces s'érodent par exemple l'une après l'autre. Le calcaire tombe en poussière et les collines s'effondrent. Ce n'est pas l'Unesco qui les sauvera...

Pratique 

«L'Orient chrétien, art et croyance», de Tania Velmans, aux Editions Picard, 248 pages.

Photo (Couverture du livre): "Jugement dernier" de l'église Saint-Moïse l'Ethiopien de Mar Moussa en Syrie.

Texte intercalaire.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."