Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIVRE/"Se mettre au monde" de Steeve Iuncker passe de l'Elysée à l'album

Crédits: Steeve Iuncker

L'exposition s'est terminée fin août. L'Elysée a alors «verni» le livre, comme on dit maintenant. Les quelques exemplaires visibles de «Se mettre au monde» à Lausanne ne constituaient qu'un avant-goût. Coproduit par «Le Bec en l'air» de Marseille, le catalogue de Steeve Iuncker n'est arrivé en librairie qu'aujourd'hui 20 octobre. J'ai rencontré Steeve courant septembre, ce qui fait une moyenne. Nous sommes ici dans le long terme. 

Pourquoi, Steeve Iuncker, ce livre paraît-il après l'exposition, qui débuté fin mai?
C'est dû à une dynamique qui m'échappe. Il faut, à ce qu'il paraît, du temps pour que l'éditeur puisse le présenter aux libraires, qui passeront ensuite commande. Nous sommes en plus ici dans le cadre d'une coédition franco-suisse. Le musée de l'Elysée a avancé l'argent, qu'il lui a fallu trouver. "Le Bec en l'air", avec qui j'avais déjà travaillé, a fait seulement un petit investissement, en fournissant en prime son savoir-faire. Il fallait restituer des images tirées avec le procédé Fresson.

L'ouvrage a-t-il fait dès le début partie du projet photographique qui concerne, rappelons-le, le passage des jeunes Suisses à l'âge adulte par un acte initiatique comm le parachutisme, la scarification ou l'alcool? 

Tatyana Franck, directrice de l'Elysée, a très vite pensé à un livre. Elle le voyait pris en charge par «Noir sur blanc», une maison suisse installée à Lausanne. Mais «Noir sur blanc» avait déjà trop de chantiers en train. Il fallait du coup assurer le financement. Cela a pris un peu de temps. J'ai alors soumis l'idée à Fabienne Pavia, la directrice du «Bec en l'air». C'est elle qui avait sorti «A jeudi, 15 heures», qui rassemblait toutes les images que j'avais faites de Xavier, mort du sida. 

Vous en arrivez à votre combientième album, à 47 ans?
Deux tout seul, plus «Levées de corps» en collaboration avec Thierry Mertenat. Il y en a aussi eu un quatrième, tout à fait commercial, sur les pâtes en Italie. Il ne se trouvait pas en librairie. Cet ouvrage était distribué par le fabricant d'ustensiles de cuisine qui l'avait commandé. Je le regrette, d'ailleurs. Vu le sujet, l'ouvrage se serait très bien vendu. Aux Chinois, par exemple... 

Revenons à «Se mettre au monde». Qu'y a-t-il de différent entre l'accrochage dont s'est occupée Caroline Recher, et le livre?
Une photo en plus. Elle ne trouvait pas sa place sur les murs. Une autre en moins. C'était une seconde version de la maternité précoce. Une seule suffisait, maintenant qu'il y avait une image à droite et un mot d'indication sur le page de gauche. Deux auraient donné une impression de redite. C'est un autre travail de publier que de simplement montrer. 

Exposé, publié, «Se mettre au monde» forme-il une recherche que vous considérez maintenant comme terminée?
J'ai encore envie de réaliser deux ou trois choses, mais pour moi. Certains contacts, très longs à établir pour photographier des jeunes, se sont matérialisés. Mais rendre public le résultat me donnerait l'impression de me répéter. 

Sur quel sujet êtes-vous maintenant?
Il y a toujours «les villes de l'extrême». J'en avais annoncé neuf. Il n'en existe que trois, vues à Paris au Muséum d'histoire naturelle, en extérieur. Le froid extrême. La pollution extrême. La population maximale. L'entreprise garde quelque chose de mort-né. J'ai vraiment envie de continuer. Mais c'est un projet plein d'inconnues.

Pratique

«Se mettre au monde», de Steeve Iuncker, textes de David Le Breton et de Caroline Recher, coédité par le musée de l'Elysée et Le Bec en l'air, 96 pages.

Photo (Steeve Iuncker): Une suspension. Oser la tenter permet d'entrer dans un monde adulte.

Texte intercalaire.

 

 

 

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