Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIVRE/Samuel Guicheteau raconte la vie du peintre Jacques-Louis David

Crédits: Réunion des Musée nationaux

Même s'il est plus admiré que vraiment aimé, l'homme marque indiscutablement un jalon dans l'histoire de l'art français. Il suffit de prononcer le nom de Jacques-Louis David (1748-1825) pour que par un réflexe pavlovien surgissent les images du «Sacre de Napoléon», du «Serment des Horaces» ou de «Marat mort». Leurs photographies ont longtemps rythmé les livres d'histoire quand il était question de la Révolution française puis de l'Empire. 

Il a énormément été écrit sur David, avec une pointe en 1989 quand le Louvre et Versailles avaient organisé une double exposition placée sous la direction d'Antoine Schnapper et d'Arlette Sérullaz. Deux courants s'étaient alors opposés. Il y avait les tenants de l'approche classique, dont faisait partie Schnapper, et les imprécateurs. C'était l'époque où Régis Michel, dont plus personne ne parle aujourd'hui, partait dans des délires qui ne se révélaient du reste pas sans intérêt. C'était aussi celle où Thomas Crow où Yvonne Korshak surinterprétaient à qui mieux mieux afin de faire du peintre un révolutionnaire avant l'heure, truffant ses toiles d'avant 1789 de messages cachés.

Un parcours louvoyant 

Près de trente ans ont passé. Professeur à l'Université de Nantes, Samuel Guicheteau nous offre aujourd'hui une biographie peu illustrée. Il s'agit de raconter la vie du peintre, depuis sa naissance dans une famille fort bourgeoise, apparentée à François Boucher «premier peintre du roi», jusqu'à sa mort en exil à Bruxelles. Une fin logique. En 1793, David avait voté la condamnation à mort de Louis XVI, dont il s'apprêtait pourtant à réaliser le portrait moins d'un an plus tôt. Ceci en dit long sur le parcours louvoyant de l'homme que l'auteur entend sans cesse excuser. Comme dit Guicheteau: «Le caractère très heurté de la dynamique révolutionnaire obligeait les acteurs à se repositionner souvent et rapidement.» 

S'appuyant comme le veut le jeu universitaire sur quantité d'auteurs de référence, le texte reste fondamentalement sérieux. Par ailleurs long, le livre a du coup quelque chose d'empesé. De raide. De froid. Aucune vie privée, même si David a épousé deux fois la même femme, Charlotte Pécoul. Rien sur son surabondant atelier, alors qu'il a joué un rôle capital pour toute l'Europe venue étudier là les principes du néo-classicisme. Peu de chose finalement sur l’œuvre picturale, bien que chaque chapitre se voit introduit par la description d'un tableau. Compte finalement ici le seul sujet des peintures.

Un livre d'Histoire

C'est en fait l'Histoire, avec un grand «H», qui passionne l'auteur. Ce dernier tient un peu de l'instituteur, comme il se doit socialiste. Il suffit au lecteur de compter les pages. La moitié du volume, ou presque, se voit consacrée à la Révolution, les dernières années se voyant expédiées en deux coups de cuillère à pot. On peut comprendre cette focalisation. Elle apparaît d'ordre politique. Le livre n'en apparaît pas moins déséquilibré. Après tout, une vie n'est pas faite que de temps forts.

Pratique 

«David», de Samuel Guicheteau, aux Editions Ellipses, 454 pages.

Photo (RMN): "Le serment du Jeu de Paume", dessin 1791. David ne terminera jamais le tableau final, les événements révolutionnaires étant allés trop vite.

Texte intercalaire.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."