Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIVRE/Quand Van Dongen racontait un Rembrandt en partie imaginaire

Crédits: DR

C'est une curiosité. Allia réédite «La vie de Rembrandt» de son lointain collègue et compatriote Kees van Dongen (1877-1968). Un livre de 1927 dont le titre complet se révèle plus explicatif. Il faut parler de «Kees van Dongen raconte ici la vie de Rembrandt et parle, à ce propos, de la Hollande, des femmes et de l'art». Autant dire que le grand ancêtre se voit manipulé dans tous les sens. Van Dongen se sert en plus de la légende du peintre de Leyde bien davantage que de sa vie réelle, fatalement plus triviale. 

Le Rembrandt ici évoqué est un génie contrarié, un rêveur, un quêteur d'absolu. Un nouveau Christ, avec ce que cela suppose de souffrances. Un homme se voyant vite confronté à la petitesse des bourgeois de son époque, à l'appétit des marchands et à l'incompréhension de sa femme Saskia. L'essentiel de l'ouvrage se situe en effet avant la mort de cette dernière, en 1642. L'artiste avait alors 36 ans. Il s'agit bien sûr d'un solitaire. Pas un mot sur son abondant et lucratif atelier. Et l'immense créateur demeure comme il se doit un incompris, mort pauvre dans une grange. Van Dongen le reconnaît cependant grand dépensier. Il lui invente en revanche sans scrupule un voyage en Italie. Tout le monde a le droit de fabuler.

Clichés romantiques

L'actuel Rembrandt se situe bien sûr loin de ces clichés finalement romantiques. Les historiens d'aujourd'hui parlent de l'homme d'argent maladroit et du changement de goût intervenu vers 1650. Les riches se mettent alors à préférer une peinture fine, lente à produire, où ne se voit plus un seul coup de pinceau. Cela ne signifie pas que des créateurs comme Rembrandt aient du coup passé à la trappe. Le célèbre autoportrait de 1660, aujourd'hui au Louvre (1), a été acquis pour Louis XIV en 1671 deux ans à peine après la mort de l'artiste.

Agréablement écrit en français, l'ouvrage n'apparaît pas anodin. A sa sortie en 1927, Van Dongen n'est plus depuis longtemps l'anarchiste qu'il restait à son arrivée dans la capitale française. L'ancien fauve ne rugit guère après 1910. C'est le portraitiste des riches Parisiennes endiamantées. Il a fait toutes les concessions au goût de son public, sans produire pour autant une peinture vraiment déshonorante. Il donne ici par contraste l'image d'un intransigeant. D'un pur. Reste à savoir jusqu'à quel point l'homme arrivé des années 1920 était conscient de cette incohérence. 

(1) C'est l'un des vingt autoportraits reproduits sur la jolie couverture.

Pratique

«La vie de Rembrandt», par Kees van Dongen, aux Editions Allia, 108 pages.

Photo (DR): Rembrandt, un autoportrait tardif.

Texte intercalaire.

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