Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIVRE/Quand les designers Eames photographiaient l'Hollywood de Billy Wilder

Crédits: Charles & Ray Eames/Eames Office

C'est un couple mythique de l'histoire du design. Charles et Ray Eames ne sont en effet pas deux frères, comme le supposent les naïfs. Il s'agit du mari et de la femme. Bernice Alexandra a épousé Charles en 1941. Ils ont désormais tout fait ensemble, en commençant, vu le contexte belliqueux, par des brancards et des attelles. Spécialisés dans le contreplaqué, les Américains ont imaginé la «Chair Wood» en 1945 avant de donner, en 1956, leur siège le plus célèbre. J'ai nommé la «Lounge Chair», où le fauteuil, tapissé de cuir noir capitonné de deux boutons, se voit prolongé par un tabouret. La version moderne, en plus masculin, de la «duchesse brisée» des ébénistes de Louis XV. 

Durant toute leur vie commune (Charles est mort en 1978 à 71 ans, Ray en 1988 à 76 ans), les Eames ont aussi beaucoup photographié, essentiellement en couleurs. Leurs archives ne comprennent pas moins de 750.000 clichés, ce qui fait un peu peur. Installés à Los Angeles, les designers ont fréquenté Hollywood, principalement grâce à leur ami Billy Wilder. Il ne faut pas oublier que ce dernier fut aussi un des plus grands collectionneurs d'art moderne de la Mecque du cinéma. «Je suis un des rares amateurs à avoir acheté un Klee à Klee», disait l'immigré de Berlin. A la fin de sa vie, le cinéaste disait «déstocker». Mais dans les œuvres qu'il mettait aux enchères se trouvait cependant un sublime Picasso des années 1920.

Une exposition et un album 

Wilder laissait libre accès à son «set» aux Eames. Ceux-ci ont donc documenté, sans réellement penser à faire de la belle image, ses tournages allant de «La scandaleuse de Berlin» (1948) à «La vie privée de Sherlock Holmes» (1970). Il s'agit là de clichés très simples, sans glamour, un peu flous, à l'opposé total de ce que réalisaient à l'époque des photographes de plateau. Il est aussi étrange de voir en couleurs des films que l'on connaît en noir et blanc, comme «Le gouffre aux chimères» (1951) ou «Sabrina» (1954). Notons pourtant que les Eames se concentraient davantage sur les décors et leur construction que les acteurs, qui vont pourtant d'Audrey Hepburn à Kirk Douglas. 

Pour une exposition qui s'est tenue cette année en Belgique, Alexandra Midal a sélectionné 160 photos, tirées de l'énorme fonds Eames. Elle en a également fait l'objet d'un beau livre, dont elle signe le texte publié en français, en flamand et en anglais. L'accent s'y voit mis sur le couple créatif. Le 7e art passe ici au second, si ce n'est au troisième plan. Pour apprendre à quel long-métrage les images se rapportent, il faut ainsi se contenter d'une misérable petite liste en fin d'ouvrage sans noms et sans dates. C'est un peu dommage.

Pratique 

«Eames & Hollywood», d'Alexandra Midal chez CEC Editions, 216 pages. 

Photo (Eames Office): Audrey Hepburn pendant le tournage de «Sabrina» en 1954. L'image fait la couverture du livre.

Ce texte intercalaire suit celui sur le livre dédié à Gilbert Garcin.

 

 

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