Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIVRE/Quand le futuriste Luigi Russolo faisait l'éloge du bruit

Crédits: DR

Dans la constellation futuriste, Luigi Russolo (1885-1947) est un peu Monsieur Bruit. Alors que d'autres rendaient aux mots leur liberté, cet homme du Veneto a voulu la rupture avec le son harmonieux des musiciens classiques. Leur rôle est à son avis terminé. Ils ont lassé. En 1913 (1), le vacarme a pris la relève. «Nous prenons infiniment plus de plaisir à combiner idéalement les bruits de tramway, d'autos, de voitures et de foules criardes qu'à écouter, par exemple, l'«Héroïque» ou «La Pastorale», écrit Russolo, tout en majuscules, dans «L'art des bruits». L'un des nombreux manifestes suscité par le mouvement entre 1909 et 1914.

Les éditions Allia, qui avaient déjà ressorti ce bref texte en 2003, le reprennent aujourd'hui. Les phrases de Russolo, dont il existe aussi des peintures, se voient ici remises en contexte. Leur auteur n'est en effet pas demeuré un théoricien. Il a construit de nombreuses machines, qu'il a ensuite expérimentées lors de concerts. Le temps était celui des passions. Le premier essai à Milan, début 1914, s'est terminé en émeute. Les trois morceaux exécutés par dix-huit bruiteurs avaient à la fois choqué et énervé le public. La chose ne devait nullement décourager Russolo. Il recommencera en Italie, puis à Paris. Ce sera l'enthousiasme en 1921 au Théâtre des Champs-Elysées, avec en vedette le russolophone.

Le précurseur de John Cage 

Dans les années 30, l'homme se retire de la scène. Il revient à la peinture, dans un genre assez académique. Il meurt oublié, juste après la guerre. Il faut attendre les années 1950 pour que John Cage ou Pierre Henry se réclament de lui. En 2014, la Fondazione Prada de Venise a consacré une immense exposition à la musique mécanique, des oiseaux chanteurs du XVIIIe siècle à aujourd'hui. Russolo y tenait une grande place avec la reconstitution de ses amplificateurs. Provocateur à l'époque, son «Art des bruits» peut du coup sembler aujourd'hui précurseur, même si Beethoven n'a pas disparu pour autant. 

(1) Le texte a cependant été publié sous cette forme en 1916.

Pratique 

«L'art des bruits» de Luigi Russolo, aux Editions Allia, 48 pages. 

Ce texte intercalaire complète celui sur le livre dédié par Giovanni Lista au futurisme, situé immédiatement au dessus dans le déroulé.

 

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