Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIVRE / Quand Hodler parlait au public de son art, en 1897

Certains artistes se montrent prolixes et bavards. Pensez au "Journal" d'Eugène Delacroix ou aux textes théoriques, joyeusement soporifiques, de Wassili Kandinsky. Ferdinand Hodler (1853-1918) ne fait partie de ces beaux parleurs. On ne cite de lui qu'un texte important "La Mission de l'artiste". Il s'agit en fait d'une conférence, prononcée à Fribourg en 1897, et reprise peu après sous forme de feuilleton en trois épisodes par le journal local "La Liberté". 

Curieusement, aucune édition scientifique n'avait jamais été donnée de cet écrit de base, que les spécialistes eux-mêmes mélangent un peu (se mélangent-ils du coup les pinceaux?) avec "Le parallélisme", où l'artiste approfondit dix ans plus tard sa pensée. Niklaus Manuel Güdel s'est chargé de cette tâche. Il donne ainsi un livre de taille moyenne, mais il ne faut pas se leurrer. Les commentaires, qui tiennent de la mise en contexte, occupent ici bien davantage de pages que la conférence elle-même, par définition courte.

"Viser la netteté" 

Le texte de 1897 date d'un moment où l'art du Bernois de Genève s'est certes trouvé, non sans mal. Mais l'essentiel de l’œuvre demeure encore à venir. Nous en restons encore aux intentions. "Viser à l'unité, à une unité forte et puissante, c'est mettre une chose en évidence par dessus les autres, c'est l'exprimer fortement." Et Hodler de citer comme exemple Puvis de Chavannes, un peintre qui peine encore à sortir du purgatoire. Rappelons que c'est par Puvis, dont la gloire était alors immense, qu'Hodler avait pu exposer à Paris "La nuit", censurée à Genève. 

Dans une prose simple et directe, Güdel évoque bien l'art et la trajectoire de Hodler, qu'il met en regard d'autres peintres attendus, comme Félix Vallotton, mais aussi de manière plus surprenante avec un créateur comme Le Titien. Et pourtant, aucune spéculation intellectuelle ici. Derrière les deux "Vénus" vénitiennes du Prado, Hodler lui-même en a parlé, se déploient les premiers paysages parallèles. Encore fallait-il savoir les voir!

Pratique

"La Mission de l'artiste", de Ferdinand Hodler, édition établie et commentée par Niklaus Manuel Güdel, aux Editions Notari, 177 pages. Photo (DR): L'un des multiples autoportraits de Ferdinand Hodler. Détail.

Ceci vient bien sûr s'intercaler. Le texte va avec celui sur "Le cahier dessiné" plus haut.

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