Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIVRE PHOTOS/"Je veux des quartiers" ou les Grottes genevoises en sursis

C'est un bon photographe. Il s'agit aussi d'un activiste, comme on dit maintenant. Max Jacot, un vétéran de l'Ilôt 13, s'est donc mobilisé avec fille Adèle, aujourd'hui installée à Bruxelles, pour exalter le quartier des Grottes. Un lieu qui n'en finit pas de devoir être sauvé. Nous en arrivons en effet au «troisième chantier». Il s'agit désormais de tirer une trentaine de maisons des griffes des CFF. Un organisme fédéral se comportant avec toute l'arrogance alémanique, face à une Suisse romande toujours davantage perçue comme subalterne. 

Dans «Je veux des quartiers», récemment paru chez Slatkine, les Jacot père et fille ne se contentent pas d'ouvrir le dossier de l'agrandissement de la gare de Cornavin, avec sa version officielle rasant plusieurs pâtés et l'alternative proposant plus raisonnablement (comme cela se fait ailleurs et... notamment à Zurich) des voies souterraines. Il s'agit pour eux d'illustrer la vie d'une partie populaire de Genève, cité par ailleurs en voie de gentrification avancée, même si la qualité des immeubles nouveaux ne correspond de loin pas aux loyers désormais exigés.

Un village

Carré à l'instar des images, le livre tient donc autant du texte argumenté que du portefeuilles photos. Max Jacot a l’œil, d'autant plus que celui-ci est devenu unique chez lui. Les manifestations de 2011-2013 ne l'emportent pas. Le photographe nous montre avant tout des gens maintenant un style d'existence ailleurs disparu à Genève. Nous ne sommes ni dans les beaux quartiers, ni dans les barres de bétons gangrenant les communes avoisinantes, ni dans un Carouge transformé en «boboland». Les Grottes tiennent encore du village, avec quelque chose de forcément plus métissé. Le village restait, jusqu'à récemment, le lieu où les habitants avaient tendance à se ressembler. 

Cet ouvrage militant (je sais, le mot tend à se galvauder) raconte donc «la chevauchées des 500». Un collectif formé en réaction face à la menace de démolition «pure simple du sud du quartier». Ce combat semblait au départ perdu (comme, dans un autre genre, celui des opposants au MAH+ ou Musée d'art et d'histoire agrandi). La lutte semblait menée par quelques irréductibles. Le Conseil d'Etat soutient depuis le 15 janvier 2014 son initiative. Une baffe pour le CFF et leur directeur Andreas Meyer, qui se croyaient déjà en terrain conquis. L'idée lancé par Martin Graf a fait du chemin, même si ce chemin demeure encore bien raboteux.

Un vrai album d'auteur 

On l'aura compris. Cet ouvrage très réussi sur le plan plastique (surtout pour les Editions Slatkine, qui ne font pas du livre d'art) vaut mieux qu'un pamphlet ou un simple constat d'état des lieux. C'est un vrai livre d'auteur, à la fois modeste et triomphant. L'acheter tient par conséquent d'autre chose que du soutien. Car il faut se l'offrir, bien sûr, même s'il ne deviendra sans doute (heureusement) pas l'album d'une Genève disparue. Cela dit, quel progrès depuis la parution, en 1971, de «La Genève des Grottes» publié non pas par «Le Courrier» (alors très confessionnel), mais par «Le Journal de Genève», trop volontiers qualifié depuis de «quotidien des banquiers»...

Pratique

«Je veux des quartiers», photos de Max Jacot, textes d’Adèle Jacot aux Editions Slatkine, pages non numérotées. Photo (Max Jacot): Rénovation lourde, 17, rue des Gares, en 2006-2007.

Ce texte est immédiatement précédé, dans le déroulé, par un autre sur divers publications récentes.

Prochaine chronique le mercredi 13 mai. Milan propose une admirable exposition sur le temps des Visconti et des Sforza. Autrement dit les XIVe et XVe siècles en Lombardie. 

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