Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIVRE PHOTO/Quand "Le jour tombe" avec Nicolas Crispini

Tout s'est passé en deux minutes il y a cinq ans. Le livre sort aujourd'hui, tiré à une poignée d'exemplaires. Le public peut le découvrir aux Bains chez Nabab, un lieu situé dans une cour de la rue du Vieux-Billard. Un bel espace dépendant de la Mutuelle d'Etudes secondaire (MES), qui y organise parfois des expositions de photographie. Celle-ci restera dans les mémoires, ne serait-ce que par la taille du volume présenté. Conçu sous forme de leporello (ou d'accordéon, si vous préférez) «Le jour tombe», une fois déployé, mesure 23 mètres de long. 

«Le jour tombe» est une réalisation de Nicolas Crispini, né en 1961. On a déjà vu du Genevois, ces dernières années, des «Nids» géants ou des bords de rivière genevoises encore ensauvagés. Plus loin dans le temps se situent ses ouvrages sur Robert et Germaine Hainard («La trace», 1996) ou les vues comparatives (passé-présent) de villes comme Genève ou Paris. 

Où et quand se situe «Le jour tombe»?
Le 2 janvier 2010, au Jura. Ce sont les deux minutes qui suivent l'instant où le soleil d'hiver touche la crête et descend. J'ai déclenché l'appareil toutes les trois ou quatre secondes. Deux ou trois images n'ont pas été retenues. J'en voulais 24 en tout. On peut voir ce nombre comme un hommage au déroulement du film cinématographique. Dans son âge classique, il comportait 24 images par seconde. 

Pourquoi en faire un livre?
L'idée d'une publication m'est venue très vite. La maquette s'est faite il y a quatre ans déjà. J'ai d'ailleurs en réserve un livre sur les buissons, jamais édité. Il y a bien sûr là une volonté de laisser une marque sur du papier. Je voulais quelque chose de grand, afin de créer un bon rapport à l'image et à la nature. «Le jour tombe» a été coproduit avec Nabab et l'Atelier d'impression Art Contemporain de l'A.P.I. 

On vous voit en ombre. Une ombre de moins en moins visible.
L'ombre de l'artiste forme un thème récurrent dans l'histoire de la photographie. Elle a longtemps comporté la silhouette de l'appareil, qui restait une chambre noire. La miniaturisation a changé la donne. Au moment où j'ai édité l’œuvre photographique de Gustave Roud, le poète vaudois, j'ai noté qu'on n'y voyait plus que son ombre à lui. Comme plus tard chez l'Américain Lee Friedlander. L'absence d'instrument rend le résultat plus proche du public. Il peut davantage s'identifier, en tant que regardeur, à cette projection sombre. 

Outre le livre, vous montrez d'autres images aux murs. Souvent insituables.
Il y a là Berlin, l'Ile le Pâques et la haute montagne en Valais. 

Combien existe-t-il au fait d'exemplaires du leporello actuel?
Vingt-quatre, bien sûr, plus six hors commerce.

Pratique

«Le jour tombe», Galerie Nabab, 7, rue du Vieux-Billard, Genève, jusqu'au 6 juin. Tél. 022 320 67 89, site www.n-crispini.com Ouvert de 14h à 18h. Photo (Nicolas Crispini): L'une des premières vues de la série. Tout reste très distinct.

Ce texte accompagne celui consacré au livre «Monastères» du photographe genevois Patrick Gilliéron Lopreno. Il se trouve juste au-dessus dans la file.

 

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