Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIVRE PHOTO/Madoz, détourneur d'objets

Le livre de photo est une industrie en perte de vitesse. Les ouvrages sont chers à concevoir et à imprimer (même dans les pays exotiques). Ils se voient davantage feuilletés en librairie que réellement achetés. Autant dire qu'il s'agit la plupart du temps de mauvaises affaires. Un Yann Arthus Bertrand ne dope pas tous les jours les ventes. Il faut donc une forte volonté éditoriale pour maintenir leur production. C'est le cas pour Actes Sud, grosse maison française qui ne se trouve impliquée chaque été dans les "Rencontres" d'Arles. 

De juillet à septembre 2014, Chema Madoz brillait ainsi de tous ses feux (ou plutôt de toutes ses ampoules) au Magasin électrique, situé dans les anciens ateliers de la SNCF. Des établissements que l'on n'est pas près de revoir. Le terrain a été acquis par la Fondation Luma de Maja Hoffmann, qui a entrepris d'y faire construire une tour cuirassée de métal par l'omniprésent Frank Gehry. L'Espagnol y occupait un bel espace. A Arles, il y a cependant une overdose d'images. Autant dire que les natures mortes de cet artiste, aujourd'hui âgé de 56 ans, pouvaient passer inaperçues. Le public a vite fait de contourner certaines cimaises. Surtout quand il fait très chaud...

Des objets trouvés aux puces

Il faut dire que Madoz donne dans une apparente discrétion. Depuis qu'il a trouvé son style, vers 1990, le Madrilène se contente d'objets. Il les montre dans leur intégralité. Sans présence humaine, ou presque. Il faut une certaine attention pour voir à quel point ces pièces industrielles anciennes, souvent dégottées dans un marché aux puces, se retrouvent détournées de leur fonction. Elles ont acquis une vie indépendante. Leur logique est devenue autre. Les amateurs ont du coup rapproché les images de Chema Madoz du surréalisme. Un surréalisme de la quatrième génération. Il demeure cependant si léger que l'auteur de ces cliché reste encore dans la "Sachfotografie" à l'allemande. Celle qui montre simplement (mais avec art) des choses. 

Le livre est lourd. Somptueux. Il s'agit d'un beau pavé, qui produira tout son effet sur une table de salon. L'essentiel se compose bien sûr des cliché en noir et blanc, à la précision chirurgicale. La biographie, qui raconte la difficile ascension d'un enfant de modeste employés élevé dans l'Espagne franquiste, se révèle très bien faite. Un ou deux vrais textes s'imposaient cependant. Il en faut pour faire sérieux, de la même manière qu'une jolie feuille de salade se doit d'orner l'assiette d'un plat du jour. Autant dire que ces écrits ne sont réellement fait pour se voir consommés. Dieu merci! L'essai d'Estrella de Diego constitue une véritable caricature de ce genre d'exercices, avec son excès de références. Que vient faire Freud dans cette galère? 

Sautez donc les quelques pages introductives. La suite est magnifique. Il paraît du reste que le livre, en dépit de son prix (65 euros en France), s'écoule très bien.

Pratique

"Chema Madoz, Angle de réflexion", aux Editions Actes Sud, 458 pages, 300 photos en noir et blanc. Photo (Chema Madoz): de l'art de détourner un coup de poing américain. 

Ce texte est immédiatement suivi d'un autre, plus court, sur les livres récents de Charles Henri Favrod et de Christian Coigny. 

Prochaine chronique le dimanche 7 décembre. Le Musée de Cluny, à Paris, raconte comment "Voyager au Moyen Age". Une exposition très réussie.

 

 

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