Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIVRE/Olivier Saillard raconte Christian Dior. Un album de grand luxe

Crédits: Laziz Hamani, couverture du livre "Dior"

Pour être gros, c'est gros. Le livre compte 503 pages. Pour être lourd, c'est lourd. Le «Dior» qui vient de paraître chez Assouline pèse exactement 5610 grammes. Et pourtant, il ne s'agit là que d'un début. Afin de fêter les 70 ans de la maison, Dior va en effet sortir chez l'éditeur français un volume sur chaque créateur ayant contribué au style de la maison. Notez que pour Yves Saint-Laurent, il pourra toujours s'agit d'un opuscule. Le malheureux s'est fait virer comme un malpropre après une ou deux saisons. Ce fut d'ailleurs sans doute la chance de sa vie. 

Le premier volume parle du vrai Christian Dior, celui qui fit sensation dès la première collection qu'il présenta à 41 ans, le 12 février 1947. Fils d'industriels ruinés, Dior était cultivé. Artiste. Il avait ouvert une galerie à la fin des années 20, qui a mal fini. L'homme a longuement fait ses classes chez Robert Piguet. Il connaissait des gens intéressants et savait écrire. On lui doit ainsi deux livres de mémoires, dont le second, «Christian Dior et moi», a paru quelques mois avant sa mort subite en 1957. Ses biographes ont ainsi eu matière à broder. On pourrait remplir une bibliothèque rien qu'avec des ouvrages consacrés à l'inventeur du «new look». Un homme que chacun dit bien élevé, drôle et particulièrement gentil avec le plus modeste de ses employés. Le contraire de Chanel, quoi.

Les images avant tout

L'actuel volume, qu'il convient de consulter sur une table, est signé par Olivier Saillard, avec des photos de Laziz Hamani. Celles-ci complètent, avec des images documentaires, les icônes de Richard Avedon, d'Irving Penn ou de Willy Maywald. Je vous parle régulièrement d'Olivier, qui aura, lui, 50 ans cette année. Ce provincial a dirigé le Musée de la Mode de Marseille, qui était un lieu très intéressant. Il a été engagé en 2010 par le Palais Galliera, alors pris dans d'interminables travaux de rénovation. Saillard a donc organisé des expositions ailleurs, du Musée Bourdelle aux Docks. Il a montré depuis ce qu'il savait faire à Galliera, en commençant par une rétrospective dédiée à son ami Azzedine Alaïa. 

Saillard se contente de peu de texte, citant fréquemment Dior qui parle de la magie de robes faites à la main. D'autre choses aussi. «Avoir du goût, c'est avoir le sien», dit quelque part le couturier. Il s'agit tout de même d'un album, où les collections défilent sur papier glacé année après année jusqu'à la «ligne fuseau» finale. Dior n'a travaillé que de 1947 à 1957 sous son nom, avenue Montaigne. Le public retrouvera les chefs-d’œuvre de son style généreux et opulent. L'antithèse de Balenciaga qui, contrairement à Dior, a toujours refusé de devenir un personnage public créant des "coups". Qui a en effet oublié le tailleur «Bar» ou la robe du soir brodée «Junon»? En ce temps-là, chaque modèle avait son nom.

Prix musclé 

Tout serait-il parfait? Non. Il s'agit là d'un ouvrage cher. Très cher même. Je l'ai vu en librairie à 240 euros. Sur le Net, on en arrive à 185 euros, ou à 195 dollars. En Suisse, il fait en sus ajouter les 30 ou 40 pour-cent de l'importateur. Mais après tout Dior ne symbolise-t-il pas encore le luxe, même si seules quelques «fashionistas» savent que son designer actuel se nomme Maria Grazia Chiuri...

Pratique

«Dior», d'Olivier Saillard, photos de Laziz Hamani, aux Editions Assouline, 503 pages. Parmi lles nouveautés en librairie, il me faut auss signaler "Christian Dior sous toutes les coutures" de Bernard Meyer-Stabley, paru aux Editions City, 320 pages. Il s'agit là d'une biographie.

Photo (Laziz Hamani): Le tailleur qui fait la couverture du livre.

Text intercalaire.

 

 

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