Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIVRE/Luc Weibel passe "Un été à la bibliothèque" de son grand-père

Crédits: Couverture du livre

C'est un livre assez épais, mais l'auteur n'en a pas moins coupé une bonne centaine de pages. Dame! Ce journal déborde de beaucoup sur le propos initial. Si Luc Weibel l'a intitulé «Un été à la bibliothèque», l'homme n'en a pas moins continué à s'occuper de la vie culturelle genevoise. Une seule saison pas suffi de plus à faire fondre la masse de livres provenant de l'historien Charles Borgeaud (18661-1940). Commencé le juillet 2007, le récit s'arrête donc en décembre 2009 avec un épilogue situé en avril 2010. L'été indien lui-même n'impliquerait pas une telle prolongation... 

Luc Weibel publie assez peu, et dans des genres variés. L'histoire familiale, le milieu universitaire et la mémoire personnelle forment cependant chez lui de solides fils conducteurs. Il y a eu il y a bien longtemps les «Pipes de terre et pipes de porcelaine». L'auteur nous a raconté depuis comment il a fait «Une thèse pour rien», ce qu'il voyait pourtant comme «une comédie du savoir». Il a aussi écrit sur son grand-père Charles Borgeaud et sur Jules Weibel, petit industriel genevois du chauffage. Il s'agissait dans les deux cas d'en maintenir vivant le souvenir. 

Vous avez publié chez Zoé, à Labor et Fides, puis aux Editions d'En bas. Vous voici maintenant à La Baconnière, Luc Weibel...
...et j'en suis le premier étonné. Vous savez cependant que l'illustre enseigne a repris vie à Genève, après une vingtaine d'années d'arrêt. Laurence Gudin a réveillé la firme. Mon projet de tenir un journal sur la dispersion de la bibliothèque de mon grand-père l'enthousiasmait. Nous avons pu le mener à bien en bonne harmonie. 

Comment avez-vous décidé de vous faire le mémorialiste de cette fin de bibliothèque?
A cause d'un décès. Veuve, ma tante Dora est morte en avril 2007. Sa fille allait vendre la maison, après en avoir démembré le contenu. Mon grand-père avait installé là ses livres dans un immense bureau sous le toit. Rien n'avait été touché dans la maison, située entre Onex et Lancy, depuis deux générations. C'était une sorte de musée de la vie bourgeoise locale au début du XXe siècle, dont tante Dora était la conservatrice. Et tout cela allait disparaître! Il me fallait d'autant plus assister à cette mort que ma cousine me permettait d'emporter autant d'ouvrages que je le souhaitais. Je me suis donc retrouvé dans une demeure que j'avais peu fréquentée ces dernières années fin de faire un choix de livres et de relater au jour le jour une sorte d'événement historique. 

Vous vous êtes donc préparé.
C'est cela! J'ai commencé à tenir mon journal en amont, avant ma première visite d'inspection. Il fallait fixer le cadre. Je me retrouvais dans la maison de ma mère. L'endroit me ramenait à mon enfance. Un lieu pour moi chargé d'histoires. Mais un endroit désormais inhabité, où je pouvais fouiner en toute liberté. C'était difficile dans ma jeunesse avec ma tante, qui avait le rapport difficile avec les enfants. Mon grand-père, qui avait acheté la maison en 1900-1901, je le connaissais en fait par ses textes. C'était le premier garçon de sa famille à avoir fait des études, qui l'on mené jusqu'à une chaire universitaire à Genève. Les Borgeaud venaient de Pully, qui restait alors un village. Il lui était demeuré quelque chose de ses origines vigneronnes. Charles avait élu cette propriété nommée Alcine parce qu'elle était en bordure de vignes et comportait un pressoir. 

Durant ces mois à Alcine, vous continuez cependant à suivre la vie culturelle genevoise. Une vie faite de musique classique, de débats universitaires, d'émissions de France Culture et beaucoup de pasteurs.
Vous trouvez? Cet aspect est venu en cours d'écriture, puisqu'il est clair que je prenais des notes au quotidien. La vie continuait. J'ai donc pris goût à raconter ce qui se passait à l'Université, où je finissais ma carrière à la Faculté de traduction et d'interprétation. Il est clair que je me sens plutôt du côté des sociétés savantes, des débats littéraires ou de France Culture. Un peu hors du temps, me direz-vous. Mes filles m'ont cependant toujours ramené au présent... Cela dit, il est vrai que le fait de s'intéresser à l'Histoire vous met dans un cocon. Sur ce plan-là, je ne suis pourtant pas le premier. Je vous rappelle que Charles Borgeaud a voulu remettre en lumière la vie genevoise protestante au XVIe siècle. Il est en partie à l'origine de l'idée du Mur des Réformateurs. 

Le monde intellectuel genevois dont vous parlé est-il en voie de disparition?
Comme le contenu de la maison! Peut-être. C'est un univers entretenant des liens avec une certaine Genève qui s'en va. Disons que j'ai connu entre 1970 et 2000 des gens originaux, sympathiques, plutôt ouverts, dont peu restent encore parmi nous. Et je ne vois pas de relève.

Pratique

«Un été à la bibliothèque», de Luc Weibel, édité par La Baconnière, 458 pages.

Photo (DR): La couverture du livre édité par la Baconnière.

Prochaine chronique le lundi 27 juin. Le Kunstmuseum de Berne se penche sur "l'art dégénéré" dans ses collections.

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