Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIVRE / Les collectionneurs selon Pierre Le-Tan

C'est un livre qui sent la queue de comète, pour autant que les astres possèdent une odeur. Avec "Quelques collectionneurs", Pierre Le-Tan donne non seulement une galerie de portraits dans la lignée de celles de Philippe Julian (1919-1977), qui écrivit "Les collectionneurs" en 1966. Il montre une brochettes d'amateurs tels qu'il n'en existera bientôt plus. Ceux de son livre, très illustré par lui-même comme l'étaient dles ouvrages de Julian, sont en effet des esthètes tournés vers le passé. On sait que les actuels collectionneurs, ou gens supposés tels, se révèlent souvent des investisseurs du pésent comptant bien revendre dans le futur.

"Il y a là des gens réels, que je raconte", explique l'auteur, croisé à Paris. Leur nom figure alors en toutes lettres, comme c'est le cas pour le peintre britannique Eliot Hodgkin ou l'acteur Peter Hinwood (du "Rocky Horror Picture Show"), aujourd'hui antiquaire à Londres. "Dans d'autre cas, j'ai retouché l'image ou j'ai inventé un personnage en partant d'éléments réels." Il s'agissait d'établir une typologie. Des "caractères", comme aurait dit au XVIIe siècle La Bruyère. Filippo G. cache ainsi ses goûts morbides à la cave et Monsieur Wu montre le catalogue d'un ensemble depuis longtemps dispersé.

Auteur et sujet en même temps

Né en 1950, Pierre-Le-Tan ne s'est pas oublié dans le panorama. Ses possessions ne cessent d'évoluer. Des centaines d'objets lui ont passé par les mains. "J'ai avancé dans plusieurs directions, parfois très différentes. Il m'a toujours fallu revendre afin d'acheter. Le moment le plus excitant, pour moi, reste en fait celui de l'achat." Notons qu'il y a eu chez Sotheby's une vente Le-Tan, dont l'intéressé a comme de juste dessiné la couverture. C'était en octobre 1995.

L'amateur reconnaîtra le trait et les tons aquarellés de Le-Tan dans ce livre, où l'image compte au moins autant que le texte. Ces dessins, et d'autres, se voient aujourd'hui présentés dans une galerie parisienne. Rien de plus normal, après tout, que des collectionneurs veuillent acheter les effigies de certains de leurs semblables!

Pratique

"Quelques collectionneurs", de Pierre Le-Tan, aux Editions Flammarion, 125 pages. Le même éditeur a publié en 2011 "Jardins, les vrais et les autres" de Le-Tan. L'exposition peut se voir jusqu'au 20 décembre chez Etienne Bréton, Renaud Jouslin de Noray et Nicolas Schwed au 346, rue Saint-Honoré, tél. 00331 44 77 98 90. Ouvert du lundi au vendredi de 10h à 13h et de 14h30 à 18h, les samedis 23 et 30 novembre de 14h à 18h30. Photo: le portrait d'Eliot Hodgkin par Pierre Le-Tan.

Et quatre autres livres où brille le dessin...

Médium à la mode depuis une dizaine d'années, surtout chez les jeunes artistes, le dessin suscite une abondante littérature. Il tient aussi ses foires. Le "Salon du dessin" aura ainsi lieu du 26 au 30 mars 2014 à la Bourse de Paris. "Drawing Now", qui s'est accroché à lui un peu comme le lierre s'agrippe sur un arbre, se déroulera aux mêmes dates. Ce sera son retour au Carreau du Temple, après restauration. Un peu décalé, "Chic dessin" est prévu, toujours dans la capitale française, du 1er au 4 avril quelque part rue de Richelieu. En attendant, voici quelques livres.

Jean Cocteau, Dessins. On finira par le savoir. Le magicien est mort il y a aujourd'hui cinquante ans. Il y a longtemps que ce touche-à-tout a surmonté le handicap critique suscité par ses dons multiples. A quelques exceptions près, le dessinateur reste pourtant le moins convaincant des Cocteau. Il faut dire que le public reste sur l'impression défavorable des croquis au stylo feutre de la fin. L'actuel ouvrage vise à montrer les œuvres des années 10 et 20. C'est mieux, mais pas génial. Biographe de l'écrivain, auquel il a dédié un énorme ouvrage chez Gallimard en 2003, Claude Arnaud signe la préface. L'impression sur un vilain papier reste hélas peu soignée. (Stock, 290 pages)

Frédéric Pajak, Manifeste incertain. Animateur des "Cahiers dessinés", publiés par Buchet Chastel, Pajak a entrepris une saga qui devrait comprendre neuf tomes. Voici le second volume. Le lecteur y retrouve l'écrivain Walter Benjamin. Il s'éprend ici de Paris en 1926. En même temps, le surréaliste André Breton utilise sa courte aventure avec une inconnue pour en faire un livre, "Nadja". Ludwig Hohl, qui finira dans une cave genevoise, et Léon-Paul Fargue ne sont pas loin. L'auteur et dessinateur Frédéric Pajak non plus. D'où des allers et retours dans l'espace et le temps, auxquels le public est invité à se laisser prendre. (Noir sur blanc, 224 pages)

Les Hubert Robert de Besançon. Dans le fonds laissé par l'architecte Pierre-Adrien Pâris, mort en 1819, ne brillent pas que les célèbres dessins à la sanguine de Fragonard. D'Hubert Robert 1733-1808) se niche dans le fonds bisontin une quantité de contre-épreuves. Autrement dit de tirages uniques, obtenus par pression de la feuille originale. Comme dans la gravure, le sens se retrouve inversé. Aujourd'hui dépréciés, ces duplicatas ont été analysés par Sarah Catala. La chercheuse en publie aujourd'hui l'étude dans un livre très illustré. Le musée de la ville propose un choix de ses Hubert Robert jusqu'au 6 janvier 2014. (Silvana Editoriale, 262 pages)

Jean-Claude Carrière, Dessins d'occasion. Scénariste et écrivain, suractif depuis passé cinquante ans, le Français exécute en rentrant chez lui un dessin par jour. Il s'agit de son aide-mémoire, comme il le dit à Philippe Garnier, son interlocuteur de l'entretien liminaire. Ces croquis ont été tracés depuis 1973. Il y a là des scènes d'observation dans la rue, de Paris à Téhéran; des portraits, de Peter Brook ou de Luis Buñuel; des souvenirs de cinéma englobant aussi bien Chaplin que Marlene Dietrich. Cette sélection, où le trait se fait parfois féroce, a trouvé place dans "Les Cahiers dessinés", entre Mix & Remix et Raymond Queneau, qui lui aussi tenait le crayon. (192 pages)

Prochaine chronique le lundi 25 novembre. Le Musée Barbier-Mueller de Genève nous présente les Baga. Petit voyage en Afrique.

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