Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIVRE/Le théâtre était-il donc interdit à Genève depuis Calvin?

La question du théâtre a préoccupé les Genevois bien avant qu'on parle d'une nouvelle (et apparemment impossible) «nouvelle Comédie». On sait que le spectacle constitua, au XVIIIe siècle, l'une des grandes querelles entre philosophes. «L'Encyclopédie» s'indignait que Genève ne possède pas de salle permanente. Rousseau s'enflamma. Cet enquiquineur patenté voyait dans les arts de la scène un sommet de perversion. Pour rester pure, Genève devait se contenter de fêtes populaires. 

Le théâtre était-il donc interdit à Genève et depuis quand? Les historiens ont toujours répété que oui, et ce dès la Réforme en 1535. Avec «Le Théâtre interdit?», Xavier Michel rouvre le dossier. Celui-ci procure quelques surprises. La comédie, mot alors englobant tous les genres, ne s'est vue formellement bannie qu'en 1732, pour faire une exception dès 1738. Il a bien fallu alors autoriser à jouer une troupe soutenue par le Résident de France. Notons cependant que, suivant ses confrères (dont Barbara Romano), l'auteur remarque que les patriciens genevois, friands de divertissements, jouaient clandestinement des pièces entre amateurs. Chez eux.

Flou juridique

Et avant 1732? Nous restons dans le flou juridique, même s'il demeure clair que, dès le début du XVIIe siècle, une autorisation, difficile à obtenir, devient obligatoire. Calvin lui-même n'avait rien comme le théâtre. Il ne faisait pas partie des ses priorités, comme le jeu ou la danse. Mais, après sa mort, la doctrine calvinienne devient calviniste (j'espère que vous saisissez la nuance). Les disciples se voulurent en clair plus royalistes que le roi. A la longue, l'absence presque complète de spectacles entra dans le patrimoine génétique de la République. C'était un signe distinctif, face à une francisation de moins en moins rampante. D'où la réplique du «citoyen de Genève» que restait Jean-Jacques Rousseau. 

Le livre reste d'un accès facile. Il ne se perd pas trop dans les bas de pages, qui remontent pourtant parfois très haut. Et le sujet demeure évidemment intéressant, même si Genève croule aujourd'hui sous les représentations scéniques.

Pratique 

«Le théâtre interdit?, Les règlements des spectacles à Genève entre Calvin et Rousseau», de Xavier Michel, aux Editions Slatkine, 179 pages. Photo (CIG): Le théâtre des Bastions, première vraie salle qu'aient connue les Genevois. Bâti en dur à partir de 1782, il fut abattu peu après l'ouverture du Grand Théâtre en 1879.

Ce texte intercalaire accompagane l'entretien avec Olivier Fatio qui se situe juste au-dessus dans la liste.

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