Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIVRE/Le roman historique genevois est allé des Allobroges aux années 30

Crédits: Steeve Iuncker Gomez

On considère 1814 comme une date importante. Celle-ci tient ici moins pour les littéraires au déclin de Napoléon qu'à la parution de «Wawerley» de Walter Scott. C'était le premier roman historique, au sens moderne du terme. Au XVIIe siècle, une œuvre comme «La princesse de Clèves» de Madame de La Fayette se situait bien au temps des Valois. Mais ce n'était pas la même chose. Il manquait ce mélange d'aventures, de peinture de mœurs et d'événements historiques réels qui fera au XIXe la fortune d'Alexandre Dumas et de ses coauteurs de l'ombre. Une formule gagnante qui perdurera durant tout le XXe. Pensez à «Caroline chérie» de Cecil Saint-Laurent ou aux «Angélique, Marquise des anges» d'Anne et Serge Golon. 

Genève n'a pas échappé à cette veine littéraire. Un colloque s'est tenu à ce propos à la Fondation Bodmer de Cologny le 28 mai 2011. Cela peut sembler loin, mais des actes se montrent toujours difficiles à publier. C'est aujourd'hui chose faite par la Société des Ecrivains Genevois, à l'origine de cette journée. Les interventions ont été classées par chronologie des actions, en commençant par les origines. Tout commence donc avec «Les Allobroges à Genava» de Charles de l'Andelyn (vrai nom Jules Pittard), paru en 1942. Genève fêtait alors son bimillénaire d'histoire, puisqu'elle se voyait pour la première fois citée par Jules César en 58 av. J.C. Onze guerriers allobroges, établis du côté d'Yverdon, partent découvrir les richesses de Genava, que leur a décrites le marchand grec Protagoras. Tout ne se passera pas comme prévu...

La liberté de ton ou le faux vieux? 

Les conférenciers ont été amenés de parler de toutes les époques. Il y a la Savoie médiévale, le temps de Calvin, le Siècle des Lumières et la Restauration. Certains auteurs prennent d'heureuses libertés avec la réalité. D'autres se lancent dans le faux vieux. Charles Du Bois-Melly s'efforce ainsi de reconstituer non seulement l'ambiance, mais le parler et le vocabulaire de l'époque. «La lecture en devient ardue tant le style est archaïsant», explique Alix Parodi, pourtant séduite par le caractère vivant des intrigues. Mieux vaut se lancer à la la découverte d'un Camille Ferrier. Il écrivait pour ses amis, sans se préoccuper du succès de librairie de ses romans que Bernard Lescaze, organisateur de la journée, qualifie de «plus fantasmagoriques qu'historiques». 

Le XIXe siècle a fasciné Louis Dumur, avant qu'il ne sombre dans la propagande anti-allemande en 1914. Nicolas Gex se penche sur «Un estomac d'Autriche», réédité depuis 2011. J'avoue personnellement lui préférer «Le centenaire de Jean-Jacques», qui raconte de manière pétillante la commémoration Rousseau de 1878 (L'écrivain était mort en 1778) dans une classe d'école. L'histoire commence ici à se rapprocher de nous. Il y a du coup des moments où l'on se pose des questions. «Est-ce que j'écris des romans historiques?» s'intitule l'exposé de Liliane Roskopf, qui a donné un livre inclassable (et remarquable) sous le titre d'«Une histoire de famille». La Roskopf, une montre dont le bas prix annonçait la Swatch en plein XIXe siècle, constitue pour elle un point de départ. Qu'y a-t-il de vrai? Quelle est la part de l'imagination, voire du rêve? Mystère. On pourrait dire la même chose, dans un genre plus social, avec «Le roman de Solon» de Martine Ruchat.

La BD inachevée d'Exem 

Il fallait une conclusion imagée. C'est Exem qui la donne avec «L’œil de Pallas», une BD inachevée de 1982. Elle aurait dû paraître dans «Le Courrier». C'est «Tout va bien», un hebdomadaire très à gauche, qui s'est finalement lancé. Las! Le journal va bientôt disparaître «après onze ans de lutte ininterrompue pour une information différente et originale.» On ne saura donc jamais comment, dans la Genève agitée par le clivage socialisme-extrême droite de 1932, aurait fini l'enquête parallèle de Lanceval. Le livre réédite à la fin les planches existantes. La dernière ligne de la dernière page promet une réponse prochaine. Elle n'est jamais venue, et 1983 fait désormais partie de l'histoire. C'est long, trente-trois ans...

Pratique 

«Aspects du roman historique genevois», ouvrage collectif. Edité par la Société genevoise des Ecrivains, 208 pages.

Photo (Steeve Iuncker Gomez): Exem, auteur d'ue bande dessinée inachevée se situant dans la Genève de 1932.

Ce texte intercalaire suit immédiatement celui sur le livre de Luc Weibel "Un été à la bibliothèque".

 

 

 

 

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."