Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIVRE / Le roman fantastique d'un galeriste parisien

Un Français sur cent, à ce qu'il paraît, a écrit ou envisage d'écrire un livre. Reste que fort peu d'entre eux se voient publiés, surtout par un éditeur sérieux. Olivier Rasimi fait partie des heureux élus. Son premier roman, "Le silence de la chair", a séduit Marike Gauthier, au Passage. Une maison qui sort beaucoup d'ouvrages sur l'art. Voilà qui tombe bien! Olivier tient avec deux confrères une boutique spécialisé dans le dessin ancien... passage Verdeau à Paris. 

Les galeristes, commissaire priseurs et autres créateurs pris par le démon de la plume (ou de l'ordinateur) abordent souvent la fiction avec un texte tournant autour des milieux artistiques. Au Passage, par exemple, Patrick de Bayser avait donné un polar, certes, avec "Nu féminin". Mais le nu en question était signé Modigliani. Olivier Rasimi a osé aller plus loin. "Le silence de la chair" se situe entre science et science-fiction. Un virus, comme ceux dont l'Organisation mondiale de la Santé nous menace régulièrement, traverse la Planète. Ses victimes meurent sourire au lèvre. Les singes, si proches des humains, restent cependant épargnés. Pourquoi? 

Le quatrième de couverture, Olivier Rasimi, précise que vous êtes aussi musicien de rock et grand admirateur d'Iggy Pop.
Parce que c'est vrai! Je fais toujours du rock, mais avec une certaine distance. Avec la musique, on ne peut pas s'empêcher de continuer. En 1985, alors que je restais encore très loin du dessin ancien, j'ai enregistré avec un groupe un disque chez Barclay. La formation s'appelait "Jours étranges", en hommage aux Doors de "Strange Days". Nous aimions leur style violent et froid, allant jusqu'à condamner ce qui s'était fait avant eux. Avec le recul, j'avoue avoir bien changé d'opinion. 

Vous avez donc bifurqué.
Le disque n'a pas marché. Il fallait trouver quelque chose pour vivre. Je faisais de l'histoire de l'art. J'ai rencontré André Marie, un de mes associés actuels, qui pratiquait la peinture. En tant qu'étudiant, j'ai pu obtenir un crédit. Je l'ai utilisé pour acheter mes premières feuilles à Drouot. Des quantités de dessins traînaient alors partout. Ils se voyaient vendus par liasses, avec parfois des photos anciennes au milieu. C'est ainsi que je suis devenu marchand. 

Est-ce que vous écriviez déjà?
J'ai toujours écrit. Des textes courts. C'est la première fois que je crois assez en un sujet pour m'investir à fond. Je le vois autant comme une suite de textes poétiques que comme un roman. Je ne devrais pas vous dire ça. Mon éditrice m'affirme que "poésie" est devenu un mot maudit. Les chapitres tournant autour de la guenon, l'une des protagonistes du livre, me semblent pourtant des envolées lyriques. 

Comment avez-vous trouvé le sujet?
Je dirais plutôt que le sujet m'a trouvé. Je fonctionne comme ça. Tout a débuté par un rêve. Le schéma et le plan ont très vite suivi. Je savais qu'un des acteurs, la femelle bonobo, resterait dans la sensation pure, puisque les bêtes perçoivent le monde ainsi. Il n'y avait plus qu'à trouver son contraire. Est ainsi née la biologiste, située dans l'univers des idées. Entre les deux, il y a Zem. L'homme sauvage. Il assume à la fois son humanité et ses instincts. 

Il y a tout un arrière-plan scientifique dans "Le silence de la chair".
Comme étudiant, j'ai suivi de cours de médecine. Je me suis surtout documenté avant d'écrire. Mais il ne faut pas oublier qu'il s'agit d'un roman. Autant dire d'une invention. Je m'y pose juste des questions sur la part d'animalité dans l'homme. 

La fin reste ouverte...
Complètement. Le Jardin des Plantes, où se situe l'action, constitue d'ailleurs un lieu ouvert à tout... 

Une suite est-elle prévue?
J'ai un second roman de prêt. Et, comment dire... Le fait de se voir imprimé constitue un extraordinaire encouragement.

Pratique

"Le silence de la chair" d'Olivier Rasimi, aux Editions Le Passage, 318 pages. Photo (DR): Olivier Rasimi, galeriste, musicien de rock et maintenant romancier.

Prochaine chronique le jeudi 13 mars. "Art7" fête ses dix ans à Carouge ce week-end. Retour sur l'aventure de sept galeristes.

 

 

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