Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIVRE/Le "Monde animal" selon Blaise Hofmann et Pierre Baumgart

Crédits: 24 Heures

On l'avait quitté à Morges en compagnie de Capucine, la Française de Hollywood. On le retrouve arpentant la Suisse romande avec Pierre Baumgart, qui a succédé à Robert Hainard en tant que peintre de la vie animalière helvétique. On n'arrête pas un grand voyageur comme Blaise Hofman qui, après l'Afrique, la Russie ou les Marquises, s'offre aussi des itinérances locales. Plus originales sans doute aujourd'hui, où il faut aller loin pour éviter de trop penser à ce qui vous concerne de près. 

Quel est, Blaise Hofmann, l'origine de ce projet qui aboutit aujourd'hui à deux livres distincts?
La rencontre avec Pierre Baumgart, bien entendu! Je l'ai croisé à Genève, dans la librairie Le Vent des routes. Cet homme vit la nature au travers de ses animaux dits sauvages. Il m'a emmené toute une année avec lui, afin d'observer les milans noirs, les blaireaux ou le sphinx du tilleul. Il s'agissait d'en faire un bel ouvrage, conçu de manière artisanale. A l'ancienne. Avec un beau papier. Des caractères de plomb. Mille signes par page, pour lesquels il a fallu commander de nouveaux «l» en Allemagne. Un bel objet, tiré à Chavannes-sur-Renens en 28 exemplaires, que nous montrons aujourd'hui volontiers dans les écoles et les festivals. 

Comment s'est passé le compagnonnage?
Bien. J'aimais son art, marqué par l'endurance. Il faut à Pierre Baumgart, après ses études sur le motif, trois semaines pour créer une gravure sur un bois dont il a choisi auparavant le poirier. Et puis j'apprécie son idée de la nature, dont il n'est pas devenu un obsédé. Cet artiste garde de nos rapports avec elle une philosophie simple. Humaniste. Saine. On sent qu'il y a en lui une véritable pensée sur notre environnement. Il s'agit d'un citadin, mais d'un citadin sachant regarder à cinq minutes de chez lui une réalité qu'il est assez poète pour transfigurer. 

Y avait-il une articulation pour ce premier livre au départ?
Nous pensions à douze textes qui refléteraient douze facettes de l'animalité. Pour y arriver, nous avons testé bien davantage d'approches en partant d'idées comme la nuit, la ville ou la montagne. Je me suis ici laisser guider, ce que je ne fais en principe jamais. 

Vous êtes, il est vrai, un grand itinérant.
J'ai débuté avec un récit de voyage qui a reçu, en 2008, le Prix Nicolas-Bouvier à Saint-Malo. C'était un beau parrainage. J'avais envie de voir, comme lui, ce qui se passait au-delà de notre claustrophobie alpine. Un mal dont il s'agit de guérir. Je suis parti seul. Cela a déclenché en moi un besoin d'écriture. Elle a peu à peu pris de l'importance. Aujourd'hui, je n'ai plus besoin d'aller au bout du monde. Partir sur les traces de Capucine, actrice oubliée, c'était un voyage. Vagabonder dans les terres vaudoises en compagnie d'un graveur l'a aussi été. On peut se sentir très loin en restant à une heure d'ici. 

Vous étiez en quête d'animaux dits sauvages. Y a-t-il encore une vie sauvage en Suisse?
Non. Nous protégeons la nature. Nous la manipulons. Nous la gérons, surtout. Il faut tout régulariser, y compris le nombre des animaux. Pas trop d'une espèce. Pas trop peu non plus, car il y aurait extinction. Nous ne cessons donc jamais d'intervenir pour en faire un paysage nous servant de réserve de chlorophylle. Même les quelques ours se retrouvent du coup domestiqués. Ou presque. 

Certains animaux restent cependant mieux perçus que d'autres.

Normal! Ils apparaissent chargés de symboles. On lui suit donc avec affection, comme les gypaètes barbus ou les cigognes. Les chauve-souris, dont il existe en Suisse une vingtaine de variétés, ont aussi leurs fans, mais moins nombreux. Je n'ai pas d'explications à fournir. Je ne suis pas un connaisseur de la nature. Je débarque ici en voyageur. 

De quelle manière êtes-vous arrivé au petit livre aujourd'hui sorti chez D'autre part?
Assez rapidement. Il devait contenir ce qui restait à dire au-delà d'un ouvrage tiré à 28 exemplaires et vendu 2000 francs. Un an d'observations, pour un néophyte, cela démange les doigts. Cela suscite des interrogations. Il fallait en plus une version moins chère et plus publique de l'ouvrage initial. Une édition qui ne renoncerait pas pour autant aux critères artisanaux. Je le dis dans ce qui est devenu la page 139: «Le livre que vous tenez entre les mains n'a pas l'aspect d'un objet industriel.» Cela veut dire qu'il est imprimé ici, sur un joli papier, et qu'il est relié au fil au lieu d'être simplement thermocollé. Il s'agit du coup d'un objet. Durable. 

Blaise Hofmann, vous avez décidé de vivre de votre plume en 2013, alors que vous aviez 37 ans. Quels sont maintenant vos projets?
Différentes petites choses dans l'immédiat, plus un gros chantier. J'écris, en collaboration avec Stéphane Blok, le livret de la prochain Fêtes des Vignerons, qui se déroulera à Vevey en 2019. Nous devons lui donner un caractère plu contemporain, sans pour autant la dénaturer. Un défi à relever rapidement. 2019, c'est demain!

Pratique

«Monde animal», de Blaise Hofmann, illustrations de Pierre Baumgart, aux Editions d'Autre part, 171 pages.

Photo (24 heures): Blaise Hofmann devant le château de Lausanne. Loin d'une nature qui n'a pourtant plus rien de sauvage.

Prochaine chronique le dimanche 2 octobre. A travers la Suisse toujours, mais cette fois en compagnie de Patrick Gilléron-Lopreno

 

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