Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIVRE/Le MAH genevois édite "Les carnets de Ferdinand Hodler"

Crédits: Kunstmuseum, Bâle 2018

Tout commence par une lettre, datée du 9 juillet 1958. Pierre Bouffard, qui était alors directeur du Musée d'art et d'histoire (mais il fut aussi éditeur et maire de Genève en 1964), demandait à son supérieur hiérarchique de pouvoir acheter les 238 carnets retrouvés dans le grenier de Ferdinand Hodler, dont la veuve venait de mourir. «Je crois qu'il est de notre devoir non seulement de sauver ces œuvres en les arrachant au commerce, mais d'enrichir considérablement notre documentation sur l'artiste.» 

Les 347 carnets (il y en avait en réalité un de moins) se verront alors acquis pour 20 000 francs. Jura Brüschweiler, qui avait failli provoquer leur destruction en ayant eu l'impudence de parler de ces notes à l'irascible Berthe Hodler en 1957, se verra engagé pour trois mois par l'institution afin de les étudier. Un délai un peu court. Leur analyse n'est toujours pas terminée en 2018, et il ne faut pas trop imputer ici la légendaire lenteur muséale. Quatre carnets se sont ajoutés depuis dans les collections. Il en subsiste quelques autres ailleurs. Cela fait un matériel conservé énorme, si l'on pense au destin de tels cahiers pour d'autres artistes. Si leurs feuilles se révèlent de grande taille et composées d'un beau papier, ils finissent généralement démembrés pour la vente.

Un joli petit ouvrage 

«Les carnets de Ferdinand Hodler» font aujourd'hui l'objet d'un joli petit livre, édité par le MAH dans la série «Reflets des collections». La synthèse s'est vue confiée à Caroline Guignard, assistante-conservatrice au Cabinet d'arts graphiques. Il s'agissait pour elle d'en faire l'historique, de parler de ce genre que constitue finalement pour un artiste le carnet, de raconter au profane la vie de l'artiste et de montrer de quoi sont faits ceux de Ferdinand Hodler. Ils comportent beaucoup de dessins préparatoires, mais aussi de petits textes. Comme jadis pour Antoine Watteau (dont tout a fini sous forme de feuilles détachées) ou pour William Mallord Turner (qui a eu la prudence de les léguer avec son atelier à la nation britannique), il s'agit bien d'un laboratoire. Tout part de là pour finir sur des toiles parfois immenses exécutées en plusieurs versions. 

Modeste comme ces humbles carnets, semblables à ceux qu'on utilisait encore dans mon enfance pour régler à la fin du mois ses emplettes chez le laitier, le livre sait rester simple tout en ouvrant des portes. Il ne jargonne jamais. Les illustrations se révèlent bien choisies. Il y a des croquis très allusifs, véritables brouillons d'idées, comme des dessins aboutis. Plusieurs de ces derniers retracent, parallèlement aux tableaux, l'agonie de Valentine Godé-Darel en 1914-1915. «On se convainc donc qu'il conservait ses dessins et ses carnets non seulement comme répertoire de formes et comme source d'inspiration, mais aussi comme le témoignage le plus authentique de sa pensée et de son art.»

Faible diffusion 

Ne cherchez pas cet ouvrage, qui bénéficie d'un agréable emballage graphique, en magasins. Il ne se voit pas diffusé à l'extérieur. Ce serait (mais il reste interdit de rire) par manque de moyens financiers. Vous le trouverez donc à l'entrée du MAH, qui n'a plus de librairie depuis des années, et au comptoir de l'exposition du Musée Rath. A quand l'équipe directoriale du MAH faisant la manche auprès des passant sur la Place Neuve?

Pratique 

«Les carnets de Ferdinand Hodler», par Caroline Guignard, édité par les Musées d'art et d'histoire et la Ville de Genève, 105 pages.

Photo (Kunstmuseum, Bâle 2018): L'un des innombrables autoportraits de l'artiste.

Texte intercalaire.

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