Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIVRE/Le catalogue des dessins français de la collection Bonna est sorti

Crédits: Claude Lorrain/Patrick Goetelen/Collection Jean Bonna

Et de trois! Nathalie Strasser avait publié en 2010 les dessins italiens de la collection Jean Bonna. Trois ans plus tard, elle sortait le catalogue des feuilles nordiques de l'amateur genevois. Aujourd'hui, ce sont les œuvres sur papier françaises, de Jean Cousin à Jean-Baptiste Isabey. Nous restons ici dans le domaine ancien, puisque Isabey, né en plein XVIIIe siècle, est mort en 1855, alors qu'il faisait figure de survivant d'une autre époque. 

On connaît officiellement la collection Bonna depuis 2006. Elle était cette année-là sortie de l'ombre pour s'exposer aux lumières (tamisées, il est vrai) de l'Ecole nationale supérieure des beaux-arts de Paris, qui proposait alors d'importantes manifestations patrimoniales (1). L'accrochage s'intitulait «Suite française». Le roman posthume d'Irène Nemirowsky de ce titre n'avait pas encore paru, avec le succès que l'on sait. Emmanuelle Brugerolles, commissaire, avait voulu privilégier cette partie d'un ensemble très international. L'exposition avait été reprise au Musée d'art et d'histoire de Genève, alors dirigé par Cäsar Menz. Jean Bonna a depuis présenté aussi bien ses dessins à New York (2009) qu'à l'Hermitage de Lausanne (2015).

Nombreux enrichissements

Durant la dernière décennie, la collection s'est bien sûr enrichie. Le collectionneur, qui travaille au coup de cœur, a ajouté des pièces de créateurs parfois peu connus comme Etienne Jeaurat (mais le dessin a appartenu aux Goncourt), de Claude Gillot (le maître de Watteau), de Pierre Brébiette (un insolite du XVIIe siècle) ou de Carmontelle (spécialiste du portrait sous Louis XVI). Une preuve supplémentaire qu'il ne s'agit pas ici d'aligner les grands noms, comme certaines maîtresses de maison aiment à multiplier les invités prestigieux. Ces «seconds couteaux» viennent se fondre dans un ensemble que Jean Bonna a placé sous le signe de la grâce et de l'harmonie, avec ce que cela suppose de jolies femmes et de paysages à la nature paisible. 

Il existe deux manière de concevoir un tel catalogue raisonné, où chaque feuille (il y en a ici 96, plus une des rares lettres conservées de Claude Lorrain) se voit scientifiquement analysée. La première est de toutes les confier aux spécialistes des artistes envisagés. Le travail de l'auteur devient celui d'un éditeur, avec les problèmes que cela suppose. Il faut tanner les experts pour qu'il rende leur copie, puis que celle-ci soit propre et correspondant aux longueurs souhaitées. L'autre possibilité, plus difficile, est que l'auteur s'attaque lui-même à l'ensemble des notices. C'est celle qu'a adoptée, pour les trois ouvrages parus, Nathalie Strasser, conservatrice de la collection Bonna depuis treize ans. Elle s'est entourée de conseillers. Elle a pris de nombreux avis. Mais c'est elle qui a rédigé tout l'ouvrage, préfacé par le collectionneur.

Encore un volume à venir

Ce gros livre possède donc une unité certaine. La consultation en devient aisée. La lecture se révèle de plus facile. Il n'y a là aucun verbiage, ni aucune formule alambiquée. Nathalie Strasser est-elle arrivée avec de Tome III au bout de ses peines? Non, il lui reste à faire le XIXe siècle et les débuts du XXe. Des temps modernes placés sous le signe d'une stricte figuration et d'une parfaite absence d'angoisse, comme les visiteurs de l'Hermitage ont pu le constater l'an dernier. Chez Jean Bonna, même Pablo Picasso demeure un classique. C'est celui, ingresque, des années 1920. 

(1) Ce n'est plus le cas avec les nouvelles directions, très portées sur le contemporain. La prochaine exposition patrimoniale de l'ENSBA aura du coup lieu à la Fondation Custodia de Paris.

Pratique 

«Dessins français du XVIe au XVIIIe siècle, Collection Jean Bonna» par Nathalie Strasser, chez Silvana Editoriale, 240 pages. L'ouvrage a été réalisé par Jean Genoud à Le Mont-sur-Lausanne. C'est dire les soins dont il a fait l'objet.

Photo (Patrick Goetelen): "Le combat d'Enée et de Mézence", de Calude Lorrain, vers 1655.

Ce texte intercalaire suit immédiatement celui sur le nouveau volume des "Cahiers dessinés".

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