Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIVRE / "Le cahier dessiné" a fait son apparition anuelle

C'est un annuaire. J'en suis sûr. Je viens de vérifier dans le "Petit Robert". Le téléphone n'a pas le monopole de ces gros livres "donnant des renseignements variables d'une année à une autre"."Le Cahier dessiné" publie par conséquent un tel type d'ouvrage depuis huit ans. Je sais encore compter. L'actuelle livraison porte le numéro 9. Tout a donc commencé en 2006. 

"Cahier dessiné". Vous connaissez bien sûr cette collection, aujourd'hui autonome mais relevant plus ou moins des éditions Buchet Chastel. Elle publie sous une forme invariable des artistes qui viennent, eux, de toutes les paroisses. Difficile de se montrer plus œcuménique. Alberto Giacometti cohabite avec Gébé, Copi, Dotremont et Jean-Claude Carrière. Un trait commun relie cependant la plupart des personnalités honorées. Il s'agit souvent de gens âgés, voire franchement morts. Directeur de collection, Frédéric Pajak ne spécule pas sur les jeunes pousses. Il regarde plutôt, comme dans ses propres œuvres, vers le passé. Pensez à son actuelle série d'albums ("Manifeste incertain"), tournant autour du personnage de Walter Benjamin...

Nombreux hommages

Le lecteur de cette revue annuelle, réunissant des contributions voulues diverses, ne sera donc pas étonné de retrouver au fil des pages de nombreux "hommages". Roger Knobelspiess salue la mémoire de Gébé. Le texte "Paris-Rome" rappelle la disparition, il y a trois ans, d'Olivier O. Olivier. Paul Rossopoulos est décédé six mois après avoir accordé un entretien sur sa peinture. Ajoutez à cela des études sur des classiques comme Gustav Klimt, Robert Nanteuil et l'historien de l'art Elie Faure. Vous aboutissez à quelque chose d'intelligent et de cultivé, certes. Mais aussi de puissamment rétrospectif. 

Deux exceptions à ce panorama, tout de même. Il y a d'abord Manuella Ferré, la fille de Léo. Elle grave, dans une perspective très sociale. Il est question avec elle de féminitude et de lapidation. Assistant du cacique François Boisrond, récemment exposé à Carouge, Grégory Derenne crée, lui, une peinture figurative. Traditionnelle. Très évocatrice de certaines ambiances nocturnes, froides et désertes. L'un comme l'autre avait donc sa place dans "Le Cahier dessiné", qui défend des pratiques classiques, où le sérieux du fond garde autant d'importance que la forme. Nous nous situons ici aux antipodes des coûteuses paillettes d'"Art/Basel".

Un fond d'anarchisme 

S'il fallait dégager une philosophie à l'ensemble, ce serait pourtant une révolte de type anarchiste. Anarchie de gauche, puisqu'il en existe aussi une de droite. Elle induit cependant chez ses acteurs une forme de repli. Nous ne sommes pas, ou plus, ici dans un univers militant. La chose n'exclut heureusement pas un certain humour, comme en témoigne le dessinateur choisi pour la couverture. Le lapin à cigarette (mais fumer devient aujourd'hui un acte très transgressif!) est signé par Didier Paquignon, né en 1958. Depuis vingt ans, l'artiste interroge les faits divers les plus bizarres et les plus dérangeants, lus chaque jour dans la presse. Il les met en images, au tracé subtil. Le résultat fait rire, tout en donnant froid dans le dos. Plus encore que la politique ou l'économie, le quotidien, presque palpable, a le don de nous inquiéter.

Pratique

"Le cahier dessiné, No 9", 336 pages. Photo (DR) La couverture, avec le lapin fumant de Didier Paquignon.

Voir aussi, plus bas, le texte sur Hodler. Prochain chronique le dimanche 25 mai. Marianne Brand présente à Carouge les sculptures en bouse de vache de Carolo. Comment sculpte-t-on la bouse?

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