Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIVRE/La photo de Coigny à Favrod

S'il devient difficile de sortir des livres de photo en France, les choses se révèlent bien plus dures en Suisse romande. Le marché reste tout petit. Un confetti. C'est une véritable folie que s'offrent certains éditeurs. Il convient donc de saluer les deux ouvrages suivants: 

"Christian Coigny". A 68 ans, le Vaudois fait en quelque sorte partie des meubles. L'amateur de photos semble l'avoir toujours connu. L'homme a, il est vrai, longtemps conservé une visibilité publique. C'est lui qui asseyait sur un siège design les invités de Vitra. Il y a ainsi eu 130 portraits magnifiques, fixant l'aspect de musiciens, cinéastes ou écrivains souvent disparus depuis. Je garde aussi un excellent souvenir de "Portraits d'artistes", paru chez Favre en 1983. Dans l'actuel ouvrage rétrospectif, proposé chez Ides et Calendes, il n'y a rien de la production Vitra. Une citation à peine (Jean-Luc Godard) des "Portraits d'artistes" établis en terre vaudoise. L'homme montre avant tout des nus, des natures mortes, des portraits et des paysages. Bref, ce qui relève de genres dits "classiques". Les clichés proposés se situent ainsi aux limites de l'académisme. Parfois légèrement en dedans. Parfois légèrement en dehors. Il s'agit de belle ouvrage, traitée dans un noir et blanc argentique. "Je ne photographie que ce que j'aime voir, souvent sous le coup d'une stimulation générée par mes souvenirs d'enfance." Signalons que l'album, tout en largeur, est imprimé chez Jean Genoud, à Mont-sur-Lausanne. Un gage de qualité. (Ides et Calendes, 216 pages) 

"Le Raid américain, De la collection de Charles-Henri Favrod". L'ouvrage aura mis du temps à paraître! Il s'agit d'un projet des années 1960, quand le Vaudois n'était même pas directeur de l'Elysée, dont il fera plus tard un musée véritablement pionnier. Le projet restait du coup historique et journalistique. Il s'agissait d'illustrer, au moyen de clichés trouvés dans les bibliothèques des Etats-Unis par Catherine Young, l'histoire du pays. Elle allait de l'invention de la photographie, en 1839, à l'armistice de la Première Guerre mondiale, en 1918. Favrod entendait le faire de manière critique, ce qui n'allait alors pas encore de soi. En 2014, la dénonciation du massacre simultané des Indiens, des bisons et des séquoias apparaît moins audacieuse. Elle fait partie des faits rabâchés depuis les très contestataires années 1970. Les images retenues dans ce "Raid" se révèlent souvent fortes. Elles le sont surtout quand la photo semble neuve, ce qui constitu souvent le cas. Il n'y a dès lors en elles rien d'effacé par le temps, et donc d'éloigné du spectateur. Celui-ci se retrouve au cœur de l'action, que ce soit sur les champs de bataille de la Guerre de Sécession ou au milieu d'une catastrophe ferroviaire, à Wellington, Etat de Washington, en mars 1910. (Campiche, 158 pages).

J'ai ausi reçu "Audrey Piguet, Dark Glow", proposé par L'Age d'Homme à Lausanne. Un ouvrage très tendance, plein de maquillages fantastiques, pour lequel j'avoue éprouver un peu de peine.

Ce texte accompagne celui immédiatement situé plus haut, consacré au photographe espagnol Chema Madoz.

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