Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIVRE/ "La Guerre de Sept Ans", premier conflit mondial

Un coup de tomawak quelque part dans la plaine canadienne. Cet incident de parcours causé par le ralliement d'Indiens, dont Français et Anglais s'arrachent alors la complicité pour la domination du Nouveau-Monde, finira par déclencher la première guerre véritablement mondiale. Notons que celle-ci sera plus longue à éclater que celle de 1914, après l'assassinat d'un archiduc autrichien à Sarajevo. Le coup, suivi par l'arrachage de la cervelle, a été donné en 1754. La «Guerre de Sept Ans» ne se déclenche véritablement qu'en 1756. 

Dès lors, tout va s'emmêler. Il n'y a pas de conflit unique. Certains profitent de l'occasion, comme le cynique Frédéric II de Prusse, qui attaque la Saxe voisine sans crier gare, les puissances européennes ayant le regard tourné ailleurs. La Russie entre alors dans la danse macabre, comme l'Autriche. On se battra bientôt en Amérique, en Inde, où les enjeux commerciaux sont énormes, sur les mers et même en Afrique, continent pourtant encore quasi inexploré.

La France, grande perdante 

Ces différents fronts se voient démêlés par Edmond Dziembowski, professeur d'histoire moderne à l'Université de Franche-Comté. Il faut presque 700 pages pour que ce spécialiste rende les choses un peu claires. Et pourtant, l'auteur va vite, sans s'attarder sur les boucheries qui se succèdent. On reste loin de la fameuse «guerre en dentelles», supposée caractériser le siècle des Lumières. Les Indiens, présumés innocentes victimes d'un génocide plus tard, au XIXe, voient ici leur image sérieusement écornée. Ce ne sont pas des bons, mais des mauvais sauvages...

Coédité (mais oui!) Par le Ministère de la Défense, cet ouvrage très bien bien fait se termine pourtant mal pour la France de Louis XV. Si Frédéric II triomphe presque, si la Russie est devenue celle conquérante de Catherine II, si Marie-Thérèse d'Autriche sauve les meubles et si George III d'Angleterre voit la métamorphose de son pays en empire, le Bien-Aimé (Louis XV, donc) paie les pots cassés. La France perd le Canada, l'Inde, à l'exception de comptoirs, et surtout la face. Il lui faudra Napoléon pour redevenir une grande puissance.

Pratique 

«La guerre de Sept Ans» d'Edmond Dziembowski, aux Editions Perrin, 670 pages. Photo (DR): Frédéric II de Prusse, le roi philosophe, qui joue les méchants dans cette sombre histoire.

Ce texte accompagne celui, situé immédiatement plus haut, sur la médecine légale à Genève au XVIIIe siècle. Un autre livre.

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