Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIVRE/Karine Tissot réunit ses "Chroniques de l'art contemporain"

Crédits: Youtube

On imagine mal «La Région Nord vaudois» proposant une chronique d'art contemporain. Et pourtant! A l'heure où la plupart des journaux réduisent leurs espaces culturels à la dimension de confettis, le quotidien d'Yverdon-les-Bains a eu ce culot. Raphaël Muriset, l'ancien rédacteur en chef, s'en étonne lui-même. Mais quand il a suggéré à son prédécesseur que parmi les chroniques assurées par le journal il y en ait une de Karine Tissot, la chose n'a pas fait un pli. Ce fut un «oui» immédiat. Il faut dire que la dame dirigeait depuis juin 2013 (elle avait en fait été nommée bien avant) le Centre d'art contemporain de la ville. Une cité ne comptant guère plus de 30 000 habitants. 

Karine a joué le jeu. Il lui fallait produire des textes courts. Simples. Clairs. Le contraire, en somme, des logorrhées incompréhensibles que livrent régulièrement les revues pour initiés. Je ne sais pas si vous plongez parfois le nez dans une publication comme «Art Press». Eh bien, vous risquez le piquez du même nez pour une petite sieste. Seul le noyau dur des lecteurs va jusqu'au bout. L'exercice demandé par «La Région Nord vaudois» offrait quelque chose d'ingrat et d'excitant en même temps. Il s'agissait, comme avec le Centre, de s'adresser à un nouveau public plus large et ô combien moins au fait des enjeux de l'art contemporain. En clair, il fallait prendre les abonnés du quotidien par la main.

En français et en anglais

Les articles publiés entre le 15 avril 2014 et le 10 novembre 2017 se voient aujourd'hui repris (en français et en anglais!) par L'Apage et In Folio. Assez luxueux, l'album vient de sortir de presse. Bien illustré. Un nouveau public peut ainsi découvrir ce que l'historienne de l'art dit de gens qu'elle a souvent exposé au CACY (prononcez kaki). Il est plus direct de partir d'exemples que les Yverdonnois peuvent voir tout près de chez eux. Il est donc question de Frédéric Clot, d'Edouard Chapallaz, d'Andrea Mastrovito, de Sébastien Méttraux, de Sophie Bouvier Ausländer ou d'Elisabeth Llach. Notons que Karine Tissot a tout de même effectué quelques petits sauts de côté. Elle explique l'intérêt d'une Documenta à Athènes ou, moins lointainement, d'une exposition de Halle Nord à Genève ou dans l'église Saint-François de Lausanne. 

Cet ouvrage de vulgarisation au meilleur sens du terme gagnerait à faire école. Il résoudrait ainsi un paradoxe. Alors que l'on veut ouvrir l'art et les musées à tous, le langage reste souvent universitaire. Or il doit s'adapter à ses lecteur ou auditeurs. Normal! Les mots constituent, avec l’œil, la clef d'accès aux œuvres. Il s'agit de se montrer logiques et conséquents. Il faut savoir ce que l'on veut.

Pratique

«Les chroniques de l'art contemporain» de Karine Tissot, aux Editions L'Apage et In Folio, 216 pages.

Photo (Youtube): Karine Tissot sur le Net.

Texte intercalaire.

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