Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIVRE/Julian Barnes nous demande d'ouvrir l'oeil, de Géricault à Freud

Crédits: AFP

«Ouvrez l’œil!» Et le bon, si possible. Si vous ne voulez pas partir à l'aveuglette en matière de peinture, vous avez un nouveau guide. Il s'agit de Julian Barnes. A 72 ans, le romancier britannique sort dans sa version française dix-sept textes portant sur des artistes des XIXe et XXe siècles. L'homme raconte aussi bien Delacroix que Cézanne, Odilon Redon ou Vuillard. Il parle bien sûr de gens qu'il aime. A chacun ses goûts. Pour se qui est de ma modeste personne, je respecte Courbet ou Géricault. Autant dire que je les apprécie peu. C'est au moment où l'on manque de respect à une personne quelqu'un que les choses deviennent vraiment intéressantes. 

Vous ne connaissez pas Julian Barnes? Mais si! L'écrivain a connu tous les succès. Il a reçu toutes les récompenses possibles, dont un Booker Price (l'équivalent britannique du Goncourt) en 2011. Il a abordé divers genres, dont les plus sérieux. Le romancier est aussi capable de légèreté, signe de réelle profondeur. Ce fils de deux professeurs de français, francophile lui-même, s'était ainsi fait de nombreux admirateurs en 1984 avec «Le Perroquet de Flaubert». En imaginant le sort posthume d'un animal domestique ayant appartenu à son écrivain favori (1), Barnes avait réussi un conte éblouissant où les perroquets empaillés finissaient par s'accumuler. Lequel était du coup le bon? Allez savoir! L'intéressé ne pouvait plus parler...

Un choix assez convenu 

Ici, pas de doute avec les tableaux. Barnes raconte «Le radeau de la Méduse» de Géricault, les femmes de Degas ou «Le mensonge» de Félix Vallotton. Il ne parle presque que d'artistes parisiens. Il faut arriver en fin d'ouvrage pour que l'auteur dédie un chapitre à Lucian Freud, dont il détaille le méchancetés, ou à Howard Hogkin, un choix plus étonnant. «Hors des clous». Hodgkin était l'un des deux seuls vivants avec le plus classique Claes Oldenburg au moment où Barnes a publié son livre dans sa version originale en 2015. Il est mort en mars 2017. Reste de ce mond Oldenburg, qui a selon moi peu inspiré l'Anglais. On n'est pas génial tous les jours. 

«Ouvrez l’œil!» contient en effet des textes écrits entre 1992 et 2013. Il s'agit donc d'un recueil reprenant des essais déjà publiés ailleurs. Il eut peut-être mieux fallu le dire. Prévenir le lecteur. Ce dernier risque autrement de se sentir décontenancé devant des rédactions allant du récit historique aux réflexions personnelles. Tous ne s'adressent en plus pas au même public, même si le ton demeure simple et accessible. Nous sommes dans le monde anglo-saxon, où il s'agit de communiquer. Simple question de politesse. Barnes a dû l'appendre lors de ses études à Oxford. Le Vuillard et le Bonnard constituent des modèles de clarté. 

Il m'a paru amusant de parler du Barnes avant d'en venir à une réédition de Daniel Arasse, plus virtuose et quelque part plus amusante aussi. Rien que l'association des titres me plaisait. L'Arasse, que vous trouverez une case en-dessous dans cette chronique, s'intitule «On n'y voit rien»...

(1) Le perroquet se retrouve dans son conte «Un cœur simple».

Pratique

«Ouvrez l’œil!» de Julian Barnes, traduit de l'anglais par Jean-Pierre Aoustin et Jean Pavans, au Mercure de France, 329 pages.

Photo (AFP): Julian Barnes en 2011, l'année de son Booker Price.

Proochaine chronique le jeudi 22 mars. Petite visite à La Chaux-de-Fonds.

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