Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIVRE/Folio réédite encore une fois "On n'y voit rien" de Daniel Arasse

Crédits: AFP

Conservée aux Offices, «La Vénus d'Urbin» du Titien est-elle ou non une «pin-up»? Oui d'une certaine manière. Non d'une autre. Une «pin-up» moderne ne se caresserait pas si effrontément la chatte devant tout le monde. Et il sert à quoi, le gros escargot venu ramper devant la Vierge de l'«Annonciation» de Francesco del Cossa conservée à Dresde? Symbolise-t-il l'insondable lenteur de Dieu, comme le pensent les beaux esprits, ou n'apporte-t-il qu'un regard aveugle, ces gastéropodes se révélant myopes comme des taupes? De telles questions, il y en a plein le livre. Les lettrés auront reconnu «On n'y voit rien» de Daniel Arasse, qui ressort pour la "nième" fois chez Folio. 

Pourquoi cette fidélité à un historien mort à 59 ans en 2003? Parce qu'il n'y a pas que ce recueil de textes à se voir si souvent réédité. Folio a repris les «Histoires de peinture» d'Arasse. La maison pourrait aussi bien, mais ce serait dommage pour les images, refaire un sort à «L'Annonciation italienne» ou à «Le sujet dans le tableau». L'auteur a tout réussi, sauf peut-être son Anselm Kiefer, qui est demeuré sa seule incursion dans le monde contemporain.

Donner l'envie 

La réponse à la question "pourquoi" me semble simple. D'abord il y a chez Arasse une culture qui n'est pas celui du spécialiste racorni sur son sujet. Le Français sait tout, sans nous imposer sa culture comme un dogme. Il peut du coup enrichir un sujet par un autre, l'éclairer de manière inattendue et y rapprocher le trivial du distingué. C'est la première chose. Le plus important reste pourtant son don de la communication. Arasse est un véritable passeur. Il trouve à chaque fois les mots pour convaincre et séduire. Il donne envie de le lire, puis d'aller soi-même regarder... même si «On n'y voit rien». 

Si l'homme se voit sans cesse repris dans des collections bon marché, c'est bien parce qu'il conserve son public. Mieux encore, il sait s'en trouver un nouveau. C'est à la fois positif et négatif. La chose signifie aussi en creux, en vraimrnt très creux, que nul ne l'a remplacé en quinze ans. Oh, ce n'est pas la littérature sur l'art qui manque! Il y en a même trop. Ce qui fait défaut aujourd'hui chez la plupart des auteurs, c'est la simplicité, la clarté, l'humour et l'intelligence. Arasse respecte ses lecteurs. Trop d'historiens écrivent de nos jours pour ne pas se voir lus, ou alors par leur pairs. L'université en crève. Or contrairement ce que croient bien des gens qui en sortent, l'ennui n'est pas un gage de qualité.

Pratique 

«On n'y voit rien», de Daniel Arasse, aux Editions Folio essais, 219 pages.

Photo (AFP): Daniel Arasse vers 2000.

Ce texte interecalaire suit immédiatement celui consacré au recueil de Julian Barnes, "Ouvrez l'oeil".

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