Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIVRE/Florence Delay et la "Haute couture" des saintes de Zurbaran

Crédits: DR

On ne peut pas se faire martyriser habillée n'importe comment. Surtout chez Francisco de Zurbaran (1598-1664). Le peintre sévillan a multiplié les tableaux de saintes, à la vie généralement obscure, revêtues de robes si somptueuses que leurs visages passent au second plan. Un peu comme dans une photo de mode. C'est le cas pour Casilda de Tolède, Elisabeth de Portugal (la petite-nièce d'Elisabeth de Hongrie, reine canonisée autrement plus connue), Justine et Rufine, Euphémie de Chalcédoine ou Marguerite d'Antioche (qu'il s'agit de ne pas confondre avec Marguerite de Cortone). Peintes à l'époque pour des congrégations, les effigies de ces dames sont aujourd'hui dispersées dans tous les musées d'Europe et même d'ailleurs. 

Florence Delay en analyse quelques-une dans un livre intitulé, comme il peut sembler logique, «Haute couture». Une publication NRF sans images. Il y a donc beaucoup de descriptions sous la plume de l'académicienne. Née en 1941, l'écrivaine porte en effet l'habit vert (qui se taille sur mesure) depuis 2000. Notons au passage que son psychiatre de père l'avait précédée sous la Coupole. Il s'agit d'une hispanophile. La chose se sent dans le texte de celle qui incarna par ailleurs dans sa jeunesse la Jeanne d'Arc de Robert Bresson. C'était en 1962.

Des vies sans doute imaginaires 

Interrompu par trois «Repères», le défilé comprend une vingtaine de saintes, obligatoirement noiraudes au yeux de braise. Nous sommes en Andalousie. Il est question dans le texte de plissés et de tombés qui inspireront plus tard Cristobal Balenciaga. Le couturier a gardé la sobriété du peintre, avec quelques touches d'exubérance. Autrement, les histoires rapportées par Florence Delay racontent des vies, sans doute imaginaires, tendant à se ressembler. L'un des grands thèmes, à part celui des supplices qui ont dû se révéler salissants pour d'aussi beaux tissus, est celui des roses miraculeuses. Une princesse (il fallait être bien née pour devenir sainte) prend du pain à l'insu de son père ou mari afin de le donner aux pauvres. «Qu'avez-vous donc là?» «Des roses». Et miracle, une fois la jupe ouverte, des fleurs tombent en effet par terre. 

Ce petit livre reste très sage. Florence Delay passe ses saintes en revue comme elle passerait l'aspirateur. Avec calme et méthode. D'où un léger ennui, par ailleurs très distingué. Je vous parlerai bientôt dans le même genre (tout part ici d'une «Annonciation» de Lorenzo Lotto) de «L'Italie, c'est toujours bien», de la bien moins académique Corinne Desarzens. La Suissesse brasse ses thèmes et variations avec autrement plus de brio.

Pratique

«Haute couture», de Florence Delay, aux Editions Gallimard/NRF, 110 pages.

Photo (DR): La jupe d'une sainte, avec la miraculeuse brassée de fleurs.

Texte intercalaire.

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