Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIVRE/Eric Golay donne un polar genevois 1970

Il avait donné en 2013 un polar genevois, situé dans les années 1950. Une concierge de la Jonction (on ne parlait pas encore à l'époque de gardienne d'immeuble) y menait une enquête un peu glauque, qui la faisait avancer en terrain miné jusqu'à Vevey. Eric Golay a aujourd'hui donné une suite à "L’œil vert du rouquin", paru aux Editions des Sables. Voire même deux! "La bague et le bouquetin", qui se présente comme une longue nouvelle, se voit accompagné par un court récit, également paru chez Slatkine. Notre homme fait en effet partie des cinq auteurs convoqués pour "Genève sang dessus dessous". 

"La bague et le bouquetin", où l'on voit un jeune homme faire d'étranges découvertes dans la Genève du boom économique des années 1960, et où circule une inquiétante tête coupée, constitue-t-il bien un prolongement de "L’œil vert du rouquin"?
Oui, dans la mesure où l'on retrouve la même concierge, à la fois futée et fureteuse. Elle a simplement pris de l'âge. On sait que, Française, elle a participé à la Résistance. Vers 1970, elle a une bonne cinquantaine d'années. La chose me pose du reste problème. J'aimerais bien écrire un polar situé dans des temps plus rapprochés de nous. J'ai du reste commencé à le faire. Dois-je présenter une femme vieillie, mais encore lucide, ou dois-je la laisser figée au même âge, comme le commissaire Maigret? 

Vous êtes un historien spécialisé dans le XVIIIe siècle. Votre thèse, "Quand le peuple devint roi", portait en 2001 sur la Révolution à Genève, de 1789 à 1794. N'avez-vous jamais eu l'envie de concilier la trame ancienne avec une intrigue romanesque?
Non. Pour rester crédible, il me faudrait étudier chaque élément de la vie quotidienne, pour qu'il soit exact. En cas d'erreur, ou d'approximation, je me ferais remettre à l'ordre. La crédibilité de ce que j'ai écrit comme historien en souffrirait. 

Avez-vous néanmoins l'impression de donner aujourd'hui des romans historiques?
Disons que je me sers de mes souvenirs, que je réactive. J'ai aujourd'hui 70 ans. Mais il faut qu'un roman reste une fiction, avec les droits que cela suppose. Je le vois bien. Toutes les parties que j'ai rédigées pour ancrer mon histoire dans la réalité sociale et économique des années 1950, puis 1960 à Genève, ont disparu. J'ai fini par les supprimer. Elles nuisaient à ce qui me semble le plus important: l'économie du récit. 

Que faisiez-vous à l'époque où se situe "La bague et le bouquetin"?
J'enseignais au niveau secondaire. A la base, je suis mathématicien. J'ai longtemps eu des classes professionnelles, dans lesquelles je donnais diverses branches. Je fais encore passer des examens de maturité fédérale, bien que je sois retraité. 

Vous avez donné de nombreux travaux historiques, notamment sur des communes. Une envie de continuer?
Je me passionne pour la figure de Louis Odier (1748-1817), dont les papiers se trouvent à la Bibliothèque de Genève, comme on dit maintenant. Il s'agit d'un médecin très intelligent, qui passe de la Genève républicaine à la Révolution, puis à l'Empire et enfin la Restauration. Je trouve le personnage très attachant. Le lire, c'est comme converser avec lui deux siècles plus tard.

Pratique

"La Bague et le bouquetin" d'Eric Golay, "Genève sang dessus dessous", aux Editions Slatkine, 2014. Photo (DR): Genève en 1970. Le livre d'Eric Golay se présente comme une "chronique d'hiver".

Ce texte accompagne celui, situé juste au-dessus, voué au livres récents d'histoire genevoise.

 

 

 

 

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