Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIVRE/Du côté des Barbers, entre tondeuse et Brylcreem

Sur les côtés et derrière, vous coupez court, très court ou encore davantage. C'est l'«undercut», qui peut aller jusqu'aux «white walls» (murs blancs). Un petit dégradé reste tout de même permis. Il s'agit alors d'un «fade». Les mèches du dessus du crâne peuvent bien sûr se voir laissée telles quelles, retombant à la manière d'une glycine le long d'un mur. Mieux vaut cependant taper fort dans le gel. La couche de «Brylcreem» (produit lancé en 1928) ira alors jusqu'au «greasy» (graisseux), histoire de faire tenir en place un «pompadour» en forme de toupet. Si vous préférez lisser le tout, en aplatissant vos cheveux à mort, ce sera du «slick». 

Les mots ont beau être anglais. Il risque de s'agir de chinois pour beaucoup. Je m'explique donc. Nous sommes dans le monde capillaire, au masculin. Vous n'êtes sans doute pas restés sans l'avoir remarqué. Le poil se coupe depuis quelque temps ras en bas pour laisser de l'importance au haut de la tête. La chose va avec les barbes, qui elles non contentes de se multiplier, rallongent toujours davantage avec ce que cela comporte de barbus motivés et de "fashionistas".

Un ouvrage adapté de l'italien 

Il fallait un livre pour faire le point. Il existe désormais en français, puisque l'ouvrage (italien) de Giulia Pivetta, illustré par Matteo Guarnaccia, vient de se voir traduit. Il rappelle à sa manière qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil. Comme la Terre autour de l'astre rayonnant, les modes tournent. «On assiste aujourd'hui à un renouveau esthétique inspiré par les mouvements et sous-cultures de la jeunesse au XXe siècle.» Qu'en termes pédants ces choses-là sont-elles dites... 

Si la plupart des coiffures étudiées furent, et demeurent d'une certaine manière, des «coupes rebelles», il n'en reste pas moins qu'on joue toujours les révoltés à la manière de quelqu'un d'autre. Le moule social se voit remplacé par un autre conformisme. Il s'agit de s'intégrer à un groupe d'amis, faisant lui-même partie d'une communauté. Il existe ainsi un univers «rockabilly», figé à jamais dans les années 1950, ou un univers «skin», avec ce que cela suppose d'embranchements. Si j'ai bien compris, il y a en effet «skin» et «skin». Espérons que les intéressés s'y retrouvent avant les explications à coups de battes de base-ball.

L'autre sens du "buzz"

La principale séparation, celle qui distingue les «insiders» aux «outsiders», se mesure en millimètres. Les coupes réglementaires, inspirées par le «college» ou l'armée, donnent dans le court, voire le très court. Même d' «Ivy League», cher aux «campus» américains, reste une coupe sage de bon garçon. Net. Bien dégagé autour des oreilles. Leurs porteurs restent pourtant des chevelus rapport à ceux qui adoptent un «look» militaire. La tondeuse produit alors tout son effet. Ce sera un «flattop», connu en français sous le nom de coupe en brosse, ou un «buzz» minimal. Qu'on se comprenne bien. «Buzz» n'a pas ici son sens de rumeur sur internet. Il s'agit du bruit que produit la machine en passant uniformément sur le crâne, à moins de cinq millimètres. 

Mais qu'on ne s'y trompe pas! Si les hommes pressés se contentent le matin d'un coup de peigne (certains semblent même y avoir renoncé), les partisans du crâne soigneusement rasé (ou "baldies") et ceux arborant des mèches brillantinées au maximum se situent à la même enseigne. Il s'agit de gens acceptant de prendre leur temps. Des dandys, en quelque sorte. Mieux vaut pour eux se retrouver régulièrement devant un miroir ou, mieux encore, d'en avoir un second bien placé derrière eux, afin de vérifier l'effet arrière. La nuque lisse pour les uns, le «duck ass» (cul de canard) pour les autres ne supportent pas l'approximatif.

Du côté des "barber's shops"

Voilà. Toutes ces subtilités, auxquelles il faudrait en ajouter d'autres, du «recon» au «horse shoe» (1), auraient mérité un bon livre, à l'humour sans condescendance. Il y avait plein de photos à inclure, avec pour terminer celles des «barber's shops», dont certains sont entretenus dans certaines villes américaines comme de vrais monuments historiques. Ce n'est hélas ici pas le cas. L'auteure et le calamiteux dessinateur ont passé à côté du sujet, pourtant amplement traité au jour le jours par des sites spécialisés dont certains basculent (ou batifolent) dans une aimable pornographie «gay». Quel gâchis avec un sujet en or! J’arrêterai là. Je n'en rajouterai pas une couche, fut-elle de «Royal Crown Hairdressing».

(1) Brosse hypercourte en forme de sabot de cheval.

Pratique

«Barber Coiffures, Histoires de coupes 1940-1960», de Giulia Pivetta et Matteo Guarnaccia, aux Editions de la Martinière, pages non numérotées. Photo (DR): Un "barber" américain au travail. Le toupet au sommet du crâne est un "pompadour". Aucun rapport ave la marquise du même nom.

Prochaine chronique le vendredi 13 mars. Le Promeneur du Mamco commence demain 14 mars ses déplacements en campagne.

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