Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIVRE/Didier Paquignon met en dessins des faits divers. "Le coup du lapin"

Crédits: Didier Paquignon/Pages extraites du livre

Tout peut se voir collectionné. Y compris les faits divers. Ce sont ces derniers qui passionnent depuis des années Didier Paquignon. Le Parisien les classe en attendant de leur faire un sort. L'artiste avoue un faible pour les histoires absurdes, et si possible sinistres. Elles sont issues de tous les pays de la Planète, de la Chine à l'Arabie saoudite en passant par les Etats-Unis et bien entendu la France. Il se passe toujours quelque part une chose dont on rit pour ne pas en pleurer. Ou alors pour en pleurer de rire. 

«Je dois en avoir environ 400», explique Didier. «Pour chacune de ces petites histoires j'ai conçu une image.» Je préciserai qu'il ne s'agit pas d'un dessin, même si l'homme est depuis longtemps connu pour son rendu hyper-réaliste au crayon (1). Ce sont des monotypes. Un mot d'explication s'impose ici. Utilisé dès le XVIIe siècle par un peintre comme Benedetto Castiglione, le procédé consiste en une peinture à l'encre typographique sur un support non poreux comme le cuivre ou le verre. «Il permet de tirer à la presse une seule épreuve. Parfois deux. Plus pâle, le second exemplaire est appelé le fantôme.» Ardent partisan du monotype, Degas a utilisé nombre de fantômes pour les rehausser en couleurs au pastel.

Première édition presque épuisée 

Mais revenons à Didier Paquignon. L'homme a récemment sorti «Le coup du lapin», où une centaine d'histoires réelles se voient illustrées par un monotype. L'ouvrage ne paraît pas aux Cahiers dessinés, comme le lecteur pouvait s'y attendre, mais au Tripode. Jolie mise en page. Belle impression. Avec un résultat inespéré, stimulé par une presse aussi flatteuse qu'abondante. «Les 3000 exemplaires tirés sont déjà presque tous vendus. Il y a aura un retirage.» Voilà qui va aider l'éditeur a poursuivre sur cette voie. «Des suites sont prévues, que nous prévoyons espacées afin de ne pas lasser les lecteurs.» 

Je ne vais pas tout vous révéler de cet album, où la gent animale occupe souvent le premier rôle. Il ne faut pas déflorer le livre, préfacé par l'éditeur qui rapproche l’œuvre à la fois des surréalistes et de Félix Fénéon. Un méconnu dont Macula a récemment réédité les «Nouvelles en trois lignes», conçues au début du XXe siècle pour le journal «Le Matin». Je vous raconterai juste pour terminer mon histoire favorite, qu'illustrent deux pieds dépassant d'un lit. Dans un hôpital sud-africain, une chambre passait pour maudite. Chaque vendredi y mourait un patient en soins intensifs. On a fini par découvrir que pour son grand nettoyage hebdomadaire, une femme de ménage tirait la prise de tous les appareils pour brancher son aspirateur... Sur ce, bonne journée!

(1) Je suis payé pour le savoir. J'ai fait l'objet d'un triptyque sans indulgence.

Pratique

«Le coup du lapin», de Didier Paquignon aux Editions Le Tripode, environ 200 pages.

Photo (DR): Deux pages tirées de "Le coup du lapin".

D'autres critiques de livres suivent.

Prochaine chronique le lundi 30 avril. La Fondation Pinault fait coup double à Venise.

 

 

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