Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIVRE DE CINÉMA/Kenneth Anger fait son "Retour à Babylone". Sulfureux!

Crédits: 20th Century Fox

Et de deux! Les éditions Tristram viennent de publier le «Retour à Babylone» inédit de Kenneth Anger directement en «souple», autrement dit en «poche». Cette sortie suit la réédition, manifestement à succès, d'«Hollywood Babylone» en 2013. Ce premier livre, sulfureux, avait du reste commencé sa carrière en France. Jean-Jacques Pauvert, qui n'avait pas froid aux yeux (ni ailleurs, du reste), fut le seul, en 1959, à accepter ce manuscrit décrivant par le menu les folies de ce qui restait la capitale du cinéma traditionnel. En 1959, les studios fonctionnaient encore presque comme en 1920, avec des stars sous contrat dont il fallait masquer les frasques. 

Né en 1927 (il a donc 89 ans), Anger était venu au jour dans le sérail. C'est du moins lui qui l'affirme. Tout reste en effet sujet à caution dans sa biographie. Sa participation enfant à un film aussi célèbre que «Le Songe d'une nuit d'été», en 1935, relèverait ainsi du mythe. Toujours est-il que l'homme signe dès 1947 son premier film «Fireworks». C'est la première d'une série de productions hors circuit, tant par leur financement que par leur thème. Anger figure parmi les premiers cinéastes «gays». Il devra chercher ses débouchés du côté des collectionneurs d'art pour éviter non seulement la censure, mais les poursuites judiciaires pour immoralité.

Ragots alors inédits

Toujours désargenté, bien que reconnu par les avant-gardes homo et hétéro, Anger a pris la plume à la fin des années 1950 pour se refaire non pas une virginité, mais en compte en banque. «Hollywood Babylone» brisait le silence. Le réalisateur y racontait des ragots qu'aucune «commère» n'aurait osé révéler dans l'une de leurs chroniques. Tout restait approximatif. Anger ne vérifiait rien. Mais bien des histoires se sont avérées depuis. On en sait simplement davantage. Il y a eu des précisions. Explorée scientifiquement, l'histoire d'Hollywood fait désormais partie de l'histoire tout court. 

«Retour à Babylone» date de 1984. Anger revient sur certains sujets. Il trace également d'autres pistes. L'homme prend à nouveau des risques élevés. Le livre s'ouvre avec «Joe le pirate», qui décrit le patriarche Kennedy comme un gangster capable de tout pour s'enrichir dans les années 1920 et 1930. On ne s'attaque pas impunément à la sainte famille Kennedy, même aujourd'hui, après des pluies de révélations. Il fallait oser la dernière phrase. «Le dernier refuge pour une crapule, c'est la politique.»

Un tome III inédit 

L'histoire de Paul Kelly, acteur populaire condamné pour un meurtre accidentel, les débauches de l'acteur Lionel Atwill, les morpions du très masochiste James Dean, le voyeurisme d'Alfred Hitchcock et le catalogage maladif des suicidés de Hollywood composent le reste du menu actuel. Grosso modo, l'auteur s'arrête dans les années 1960, à la fois par prudence et parce que le glamour s'est selon lui perdu depuis. Notons cependant qu'il existe un tome III, dont nul n'a jamais voulu prendre le risque d'une publication. Il contiendrait les affaires postérieures, avec ce que cela suppose (surtout aujourd'hui!) de risques de plaintes pénales. 

Il y a de bons moment dans «Retour à Holywood», dont l'écriture se révèle cependant relâchée, avec ce que cela suppose de redondances et de lacunes. Séduisante, l'iconographie apparaît sans rapport avec le texte. Idéal pour une lecture rapide, qui peut se faire des deux mains. On est allé bien plus loin dans le salace depuis. Au risque de lasser, d'ailleurs.

Pratique 

«Retour à Babylone», de Kenneth Anger, traduit par Gwilym Tonnesse, publié aux Editions Tristram , Souple, 337 pages.

Photo (20th Century Fox): Jayne Mansfield, of course. Notons que l'actrice illustre les couvertures du tome I et du tome II, sans qu'il soit jamais question d'elle dans les deux ouvrages. C'est Simon Liberati qui s'est fait depuis son biographe avec "Jayne Mansfield 1967", paru chez Grasset.

Cette critique est immédiatement suivie par l'histoire de William Haines, acteur à succès, puis décorateur d'intérieur. C'est la plus intéressante de «Retour à Babylone».

Prochaine chronique le dimanche 7 août. Escapade à Saint-Claude, dans le Jura... On expose aussi, à Saint-Claude!

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