Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIVRE/Antoine Sire raconte "Hollywood, La cité de femmes" en 1268 pages

Crédits: DR

Hollywood fait toujours rêver. Pas celui d'aujourd'hui, bien sûr. Plutôt la ville de ces années 1930 à 1960 qui marquèrent son âge d'or, après les années aujourd'hui injustement oubliées du muet. Le cinéma américain était alors dominé par des studios («majors» et «minors»), dépendant eux-mêmes de banques. Un monde d'hommes, avec de rarissimes réalisatrices (Dorothy Arzner, puis la talentueuse Ida Lupino) et de plus nombreuses scénaristes féminines. 

Si Antoine Sire intitule aujourd'hui son monumental livre «Hollywood, La cité des femmes», c'est parce que ses stars furent très longtemps des brunes, des rousses et des blondes. En 1932, rappelle Sire, cinq des six premières places du «box-office» étaient occupées par des stars faisant partie de ce que Simone de Beauvoir n'avait pas encore baptisé «le deuxième sexe». Betty Grable, dont je vous ai une fois parlé, a plus tard réussi l'incroyable performance de rester dix ans de suite la vedette ayant rapporté le plus d'argent à son employeur, en l'occurrence la Twentieth Century Fox. On est loin de la situation actuelle du cinéma américain, presque dépourvu de vraies stars féminines. Une par film au maximum. Et plus jamais de production comme «Femmes» de George Cukor (1939), où il n'y a pas un seul homme sur l'écran pendant deux heures de projection.

Banlieue et télévision  

Qu'est-ce qui a changé? Le mode de vie, d'abord. Les spectatrices, qui composaient le 67 pour-cent du public en 1944, n'étaient plus que 52 pour-cent en 1951. Les familles avaient émigré entre-temps pour la banlieue, avec maisonnette et pelouse gazonnée. Une prison dorée. Les épouses et mères se retrouvaient désormais devant la TV. Les studios n'auront plus à produire ces films, joyeuses comédies ou mélodrames larmoyants, qui ravissaient son public de l'après-midi. Dans les années 50, la production change en plus de caractère. Les studios, démantelés pour atteinte aux lois anti-trust, cessent d'avoir leurs actrices sous contrat pour sept ans, avec ce que cela supposait de couturiers, de coiffeurs et de photographes à demeure. Ils les engagent au coup par coup. 

Antoine Sire s'attarde peu sur le fond économique et politique. Il préfère questionner la lourde emprise de la censure à partir de 1934. Elle fit couper tout ce qui pouvait heurter la morale la plus puritaine. L'écrivain entend surtout raconter ces femmes, carrière après carrière. Les plus importantes ont droit à une quinzaine de pages, avec un film mis en exergue comme emblématique. Les moins connues disposent de longues notules. C'est qu'il y a du beau monde à satisfaire, même si Sire se contente des années 1930-1955! Derrière Greta Garbo, Joan Crawford, Katharine Hepburn ou Rita Hayworth, il y a toutes celles qui ont connu leurs aficionados, disposant ainsi d'un culte d'autant plus fervent qu'il restait minoritaire. Place aux fans de Mary Windsor, de Gloria Grahame, de Jan Sterling, de Lizbeth Scott, de Fay Wray ou de Cleo Moore.

Les progressistes et les traditionnelles 

L'auteur détaille les carrières, résume les films et émet quelques jugements qualitatifs. Son livre tient davantage de l'ouvrage de consultation que de l'essai. Si la documentation est imposante, si Antoine Sire a vu une quantité incroyable le films, le ton reste ainsi un peu mou. Impersonnel. Le papier bible des 1268 pages ne transforme du coup pas en bible du cinéma. Notons cependant que Sire distingue les vedettes proposant une vision progressiste de la femme (Bette Davis, Barbara Stanwyck...) de celles en véhiculant l'image la plus traditionnelle. C'est l'une des premières qui fait bien sûr la couverture, choisie sur nombre de concurrentes. Il s'agit de la très délurée Carole Lombard, morte accidentellement en 1942.

Pratique

«Hollywood, La cité des femmes», d'Antoine Sire, publié par l'Institut Lumière et Actes Sud, 1268 pages.

Photo (DR): Ann Sheridan, star Warner des années 40. C'est moi qui ai choisi. J'aime bien Ann Sheridan.

Texte intercalaire.

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