Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIVRE/Alberto Giacometti, de son "Paris sans fin" à A travers Paris"

Crédits: Keystone, 1962

Depuis sa sortie finale en 1969 dans les librairies, il s'agit là d'un livre mythique. Il ne comporte pourtant que dix pages de texte, au lieu de quinze prévues. Il faut dire que l'écrit ne se révèle pas fondamental ici. «Paris sans fin», qui a fait l'objet d'une exposition en 2004 au Musée Jenisch de Vevey, reste un point de référence dans l’œuvre d'Alberto Giacometti graveur. 

Le Grison y a longtemps travaillé. Trop, peut-être. Comme l'explique dans sa préface (pas toujours très claire) Mathilde Lécuyer-Maillé, le contrat «officiel» a été signé à Chatou en mai 1959. Il unissait le sculpteur et son ami Tériade. Le premier devait livrer au second cent lithographies d'ici le 1er octobre. Paroles en l'air! Au même moment Giacometti travaillait à l'énorme projet pour la Chase Manhattan Bank de New York, qu'il abandonnera du reste en 1961. En février 60, une exposition chez Kornfeld à Berne présentait cependant... cinq estampes, tout en annonçant un livre devant comporter une cinquantaine de planches. A l'automne 61, une première maquette était prête. Elle comportait 150 gravures pour un ouvrage intitulé «Sous le ciel de Paris». Il faut dire qu'en 1951, Julien Duvivier avait signé sous ce titre un film racontant l'assassinat d'une prostituée par un sculpteur, ce qui pouvait sembler de bon augure. Il n'y avait cependant toujours pas de parution, le travail étant interrompu en 1963 par l'opération de Giacometti a Paris. Un cancer.

Deux versions finales 

L'artiste commence à modifier l'ordre et le contenu des illustrations en 1964. Reste la rédaction, qu'il laisse traîner jusqu'à la fin de 1965. L'homme meurt en janvier 66. Comme le lecteur l'apprend dans l'autre livre publié conjointement par Les Cahiers dessinés, «A travers Paris», il y a dès lors deux projets distincts. L'un correspond à la maquette de 1961. L'autre au remaniement opéré par Tériade et Annette, la veuve de Giacometti. C'est celui-ci qui se voit bien sûr édité en 69, ce qui permet à la version actuelle, proposée sous l'égide de la Fondation Giacometti, d'ajouter in fine les «dessins non retenus». Ils font se terminer le parcours dans une grande banlieue alors en pleine construction. 

Voilà pour «Paris sans fin». «A travers Paris», que préface avec davantage d'acuité Christian Alandete, pioche dans les très nombreux croquis réalisés par Giacometti en marge de ce projet livresque, devenu effectivement interminable. La Fondation conserve en tout 5000 feuilles environ de l'artiste. Ne règne plus ici le crayon lithographique, mais le crayon tout court ou ce stylo bille que le Suisse a utilisé dès son invention en 1950. D'où une plus grande impression de variété. D'improvisation. De recherches. Pour giacomettomanes bien sûr. Il y aura d'ailleurs sûrement d'autres volumes.

Pratique 

«Paris sans fin», 240 pages, «A travers Paris», 176 pages. Fondation Giacometti/Les Cahiers dessinés.

Photo (Keystone): Alberto Giacometti au Kunsthaus de Zurich en 1962.

Texte intercalaire.

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