Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIVRE / Adrien Buchet et les serres historiques

Verre et métal. On reconnaît ici les matériaux de l'architecture moderne. Mais ils ne servent pas qu'à ça. La seconde moitié du XIXe siècle et les premières décennies du XXe ont constitué l'âge d'or des serres chaudes. Quantité de plantes exotiques y étaient acclimatées. Grâce à elles, l'extérieur passait à l'intérieur. Il y avait confusion des genres et des espaces, comme dans les photos de mode actuelles d'un Tim Walker.

Adrien Buchet ne photographie ni robes, ni accessoires. Il met en valeur des architectures. Un pied à Paris, l'autre à Genève, l'homme sort aujourd'hui "Les serres". Chez Actes Sud, en plus! Un éditeur chez qui la part des "beaux livres" va croissant. Ce gros ouvrage bien lourd va faire l'objet le mercredi 13 novembre d'une présentation en l'Ile, à la librairie Archigraphy. Rencontre avec l'artiste, qui s'est entouré de quatre auteurs pour les textes: Lucile Allorge, Yves-Marie Allain, Yves Delange et Françoise-Hélène Jourda.

Adrien Buchet, une petite présentation, pour commencer.
Je suis né en 1979. J'ai envie de dire dans les éditions Buchet Chastel, que dirigeait alors mon père Guy. Elles s'occupaient alors beaucoup de musique. Je suis devenu photographe d'architecture à Paris et à Genève. Un métier passionnant, mais ingrat sur le plan financier.

Vous êtes aussi le beau-fils d'Henri Stierlin, qu'a ensuite épousé votre mère.
Absolument. Et si j'existe, si je photographie c'est bien grâce à lui. Il m'a emmené dans ses multiples voyages en Orient, qui ont donné naissance à quantité d'ouvrages. Il ne s'agit pas à proprement parler d'albums d'images, mais celles-ci jouent toujours un rôle essentiel. Elles montrent et elles démontrent. Henri se dit moins spécialiste de l'architecture antique ou islamique que comparatiste. Avec lui, j'ai débuté en utilisant un appareil argentique et en regardant les bâtiments historiques. Je travaille aujourd'hui sur les immeubles modernes avec un appareil numérique...

Où avez-vous fait vos études?
A Paris. J'aurais pu choisir l'école de Vevey, qui est excellente sur le plan de la formation technique. J'y aurais passé trois ans, et non pas une seule années comme en France. Mais j'avais envie de revoir ma ville natale et, dans le fond, je ne regrette rien.

La photo d'architecture constitue-telle un art?
Je dirais plutôt qu'il s'agit d'un métier. Je ne pense pas être un artiste. Je mets les édifices illustrés en valeur. J'indique la manière dont ils s'inscrivent dans la cité ou le paysage. Je ne donne pas de belles images graphiques, à la limite de l'abstraction. Je me sers moins des édifices que je ne les sers.

Comment vous êtes vous intéressé aux serres, qui font l'objet d'un travail personnel?
J'ai suivi, en 2003-2004, les travaux de rénovation de la nef du Grand Palais, à Paris. Elle est coiffée par une fantastique verrière, à plus de vingt mètres du sol. Elle a constitué pour moi un déclic, mais j'ai mis du temps pour m'en rendre compte.

De quelle manière avez-vous établi votre liste européenne des 25 plus belles serres?
J'ai choisi les plus vastes structures. Il y en a dans tous les genres. La sélection va du victorien à l'Art nouveau, en passant pas le néo-baroque. Il m'a fallu pour cela beaucoup voyager. C'est un itinéraire de trois ans que reflète le livre, en ajoutant tout de même ce qui en a finalement été écarté. Je suis parti avec 35 ou 40 serres. La plupart d'entre elles sont connues et entretenues. Celle d'Auteuil, près de Paris, vient de subir une grosse menace. Elle est sauvée, mais il y aura un empiétement sur le site.

On ne construit plus, aujourd'hui d'énormes serres chaudes, même si celle du Jardin botanique de Genève, signée Jean-Marc Lamunière, date de 1987.
Il y a aussi celles du Parc André-Citroën de Paris, édifiées en 1992. Cette même année 1992, l'architecte Rafael Moneo a transformé en serre l'ancienne halle de la gare d'Atocha à Madrid. Cela dit, vous avez raison. On n'en édifie plus que très peu. Je pense pourtant qu'elles gardent un avenir. Il s'agit d'un instrument de diffusion. D'un outil pédagogique. La serre est un voyage. C'est Jean-Marc Lamunière qui me l'a dit. A part cela, ce sont des bâtiments extraordinaires dans leur diversité. La serre de Laeken, en Belgique, constitue un gigantesque espace de réception. Kew Gardens propose un étonnant complexe. Et Syon House, également près de Londres, possède une folie dans la tradition du XVIIIe siècle.

Comment publie-t-on, Adrien Buchet, chez Actes Sud?
Ce n'est pas parce qu'on est le fils de qu'on y parvient, même si cela aide un peu. C'est un projet que j'avais en fait monté pour l'Imprimerie Nationale, qui m'a dit non. J'ai été chez Actes Sud, avec un début de maquette. Ils étaient intéressés dans le mesure où il s'agit d'un sujet encore peu exploité. Ils ont aussi vu que j'avais pris un plaisir énorme à photographier ces structures, qui se situent pour moi entre architecture et nature.

Pratique

"Les serres, Le génie architectural au service des plantes", Photographies d’Adrien Buchet, textes d'Yves-Marie Allain, Lucile Allorge, Yves Delange et Françoise-Hélène Jourda, aux Editions Actes Sud, 270 pages. Rencontre avec Adrien Buchet et Lucile Allorge le mercredi 13 novembre à 18h à la Librairie Archigraphy, 1, place de l'Ile, tél. 022 311 60 08. Photo (DR): La couverture du livre

Versailles, la Ministre de la culture et la parité

Le Château de Versailles n'a plus de commission d'achats. Cela signifierait-il que le budget serait épuisé? Pas du tout. Un nouveau comité était constitué. Il fallait l'aval de la Ministre de la culture Aurélie Filipetti. Elle a dit non.

Pour quel motif? Eh bien, le comité constitué ne respectait pas la parité. Il ne comportait pas assez de femmes. La copie est à revoir. Pendant ce temps, Versailles est dirigé par deux dames, la présidente de l'établissement public Catherine Pégard et Béatrix Saule, directeur général (au masculin). Mais cela ne semble déranger personne. Il s'agit de discrimination positive.

On en lit des choses, dans la bonne presse...

Prochaine chronique le lundi 11 novembre. Le Salon des antiquaire de Lausanne va ouvrir ses portes le 15. Où en est cette manifestation quadragénaire?

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