Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

LIVRE/A la redécouverte d'Eugène Printz roi de l'Art Déco français

Crédits: Christie's/New York 2014

C'est une réédition, l'ouvrage ayant paru une première fois en 1986. Mais attention! Les Editions du Regard présentent le nouveau «Printz» comme une version augmentée par son auteur Jean-Jacques Dutko (aidé de Guy Bujon). Cette version se révèle en revanche diminuée sur le plan du format, et surtout du prix. Cet énorme livre de poche coûte en France 29 euros. Moins qu'un catalogue d'exposition, en principe subventionné. Il y a pourtant là de nombreuses illustrations, tant d'époque qu'en couleurs. Elles appartiennent en majorité au créateur de cet album, qui fut dans les années 1970 un pionnier de la redécouverte de l'Art Déco, dont il reste un des grands marchands parisiens. Dutko et quelques autres ont fait d'un objet de brocante un pilier des ventes aux enchères. Le meuble reproduit comme illlustration dans cette chronique s'est vendu 965 000 dollars chez Christie's en 2014. 

Qui est Eugène Printz? Un ébéniste. Il est né en 1879 dans un famille d'artisans de luxe du faubourg Saint-Antoine, dont il a repris l'atelier. L'homme copiait au début, comme son père, des commodes Louis XV ou surtout Louis XVI, plus pures de ligne. Il s'est peu à peu éloigné de ses modèles, sans se détourner du beau métier. Printz n'a rien de commun, si ce n'est son amour du métal, avec les modernistes de l'UAM (Union des Artistes Modernes), auxquels Beaubourg rend aujourd'hui hommage. Le bronze, qu'il utilisait avant tout pour ses bases ou sous forme de boules, jouait pour lui le même rôle qu'au dix-huitième siècle. Il soulignait les formes, tout en les anoblissant.

Grandes clientes 

C'est vers 1925 que Printz devient un créateur important. Il donne alors des meubles de super-luxe, exécutés en un seul exemplaire pour des clients (et des clientes) fortunés comme Jeanne Lanvin ou la princesse de la Tour d'Auvergne. La couturière lui demande un atelier. L'aristocrate de refaire les petits appartements du château de Grosbois. Il y a là des laques du Genevois Jean Dunand et ces plaquages en bois de palmier qui deviendront rapidement une marque de fabrique. Une certaine tendance au «baroque» intervient assez tôt. Il faut dire que la ligne droite avait lassé son monde. La courbe reste finalement le chemin le plus agréable d'un point à un autre. 

Les années 30 se font plus discrètes. La Crise frappe la France durement dès 1932. Il fallait alors plusieurs années à un krach pour traverser les océans. Il y aura dès lors chez Printz un peu de chêne et quelques éditions limitées. Son entreprise tient néanmoins le coup. Elle traverse même la guerre de 39-45 sans encombre, produisant des créations enrichies de plaques émaillées, alors que la France manque de tout. C'est un chant du cygne. Non pas parce que le goût change, ce qui se produira vite après 1950. Mais parce que Printz est mort des suites d'un cancer en 1948.

Un homme secret 

Quantité de meubles signés Printz sont passé par les mains de Dutko, qui en possède ainsi une connaissance physique. Son livre apparaît fort bien fait. Il manque juste à l'auteur juste les qualités de narrateur et d'écrivain. Il faut dire que la chose n'est pas facilitée par l'objet de cette enquête. Printz s'est rarement exprimé. Il n'en subsiste pas d'archives, ni de correspondances. Autant dire que l'homme se résume à l’œuvre, facilement reconnaissable, et aux commentaires critiques possibles sur celui-ci (1). 

(1) Œuvre est un mot masculin quand il s'agit de la somme de toutes les œuvres. On dit bien «le gros œuvre» en architecture...

Pratique

«Printz», de Jean-Jacques Dutko et Guy Bujon, aux Editions du Regard, 280 pages.

Photo (Christie's, New York 2014) Un meuble d'appui plaqué de palmier. Il est vendu 965 000 dollars il y a quatre ans.

Texte intercalaire.

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