Laurent Bakhtiari

MARKET ANALYST

Laurent Bakhtiari est diplômé d’un Master en Finance d’Audencia Nantes et d’un Master en mathématiques quantitatives d’Imperial College London. Fort d’une expérience de plus de 10 ans en salle des marchés au sein de diverses institutions financières telles que Merrill Lynch, BNP Paribas et Credit Suisse, Laurent livre régulièrement, à destination des médias et des clients, des analyses de marchés ainsi que des analyses macro et microéconomiques.

Lindt, une action à croquer?

Lindt est l’une des actions les plus emblématiques de Suisse, dans un des secteurs les plus stéréotypés du pays, et à la fois une des entreprises les plus simples à comprendre. En effet, elle a la particularité de ne tirer ses revenus que d’une seule activité : la vente de chocolats. Ce qui simplifie grandement son étude. Alors comment analyser Lindt et quelle évolution peut-on envisager pour le futur ?

Le cacao, nerf de la guerre

Il serait tentant de se dire que le cacao, matière première de Lindt, va influencer le cours de l’action par son évolution. En effet, considérons ce cas : si le prix du contrat future sur le cacao augmente, le coût de production du chocolat va également s’apprécier. Mais si Lindt ne revoit pas ses prix à la hausse, toutes choses étant égales par ailleurs, sa marge va automatiquement diminuer, faisant alors baisser le prix de l’action.

Mais, en réalité, la logique est inverse: plus le prix du cacao grimpe, plus l’action Lindt s’apprécie. Une raison peut expliquer cela : Lindt est sur un segment haut de gamme, où la demande est relativement inélastique et les marges des produits élevées. Ainsi, si le prix du cacao augmente, ses concurrents d’entrée de gamme en pâtiront et devront augmenter leurs prix, et les consommateurs se tourneront vers des produits plus haut-de-gamme. Et ce, même si Lindt augmente ses prix ou non. La corrélation entre le cacao et l’action Lindt est significative. En effet, sur les deux dernières années, la corrélation calculée mensuellement s’élève à près de 35%. Une corrélation positive, donc.

La demande de cacao est un facteur déterminant pour le chocolatier. Elle a été soutenue jusqu’en 2014 par la Chine et l’Inde, qui, historiquement, ne consommaient que peu de chocolat, et s’y ouvrent désormais de plus en plus. Mais la demande s’est considérablement affaiblie suite à la décélération des économies asiatiques, européennes et nord-américaines (respectivement -9.3%, -1.6% et -5.8% entre le Q1 2015 et le Q1 2014), allant même en-deçà de ce que l’ICCO (International Cocoa Organization) prévoyait. Toutefois, ces chiffres ne pourraient constituer qu’une chute temporaire, si l’on croit Barry Callebaut (un cinquième de la production de chocolat mondiale), qui reste confiant pour l’année en cours et même pour les suivantes.

Bien évidemment, il faut garder un œil sur les taux de change car la Suisse ne représente que 10% du chiffre d'affaires de Lindt. Les Etats-Unis représentent plus de 32% et le triptyque Allemagne, France, Italie représente 34%. De plus, les achats de cacao se font en USD. Mais là, la tendance est plutôt stable : l’USDCHF est revenu dans son range de long terme (0.92-0.97) et l’EURCHF s’est stabilisé depuis la fin du taux plancher entre 1.03 et 1.06. Ainsi, la chute récente du prix de Lindt, et sa légère décorrélation d'avec le cacao, n’est pas due à ces effets de change mais davantage au fait que les investisseurs ne croient pas au scénario catastrophe sur le cacao. 

Le cours futur de l’action

Il faut rappeler que la production de cacao se fait en deux temps : celle de mars à juin, qui représente près d’un quart de la production annuelle, et celle de septembre à janvier qui représente les trois quarts restants. La presse a déjà fait état, il y a quelques semaines, d’une première récolte catastrophique au Ghana (principal fournisseur de Lindt) et semble pessimiste pour la récolte de fin d’année. Ceci a fait grimper le cours du cacao de près de 10%, à plus de 3 100 USD par tonne, son plus haut niveau de l’année, ce qui pourrait, en théorie, soutenir le cours de l’action Lindt.

Nous pensons que la dramaturgie médiatique est probablement exagérée et que l’action garde tout son potentiel. D’autre part, les risques liés au cacao (politiques, climatiques…) sont limités car le Ghana est un pays relativement épargné par ces événements. Bien qu’il faille scruter la publication des ventes de Lindt et de ses pairs (qui ne sont, en revanche, pas des pure players à l’instar du maître chocolatier) pour le premier semestre, nous restons positifs quant à la croissance de ces ventes. Enfin, Lindt est une action dont la croissance est stable sur les cinq dernières années et nous ne voyons pas de raison pour laquelle cette tendance devrait s’arrêter. C’est pour cela que nous pensons qu’elle pourrait atteindre les 63 000 CHF d’ici à mars 2016.

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