Christian Simm

FONDATEUR DE SWISSNEX SAN FRANCISCO

Fondateur et directeur de swissnex San Francisco, Christian Simm vit depuis 1997 en Californie. Avec son regard de physicien et sa passion pour le partage des savoirs, il décode les mutations scientifiques, technologiques et sociétales, en Amérique du Nord et en Suisse. Avec son équipe, il privilégie le croisement des genres, l’interdisciplinarité et la sérendipité - l’exploitation créative de l’inattendu – pour que swissnex soit un lieu neutre et accueillant pour l’expérimentation intellectuelle. Valorisant l’écosystème entrepreneurial unique de la Silicon Valley et la réelle créativité helvétique, il ”connect the dots” entre recherche, éducation, art et innovation. Suivez swissnex San Francisco aussi sur nextrends !

Like it (or not) !

Entendu vendredi soir, dans le tram J entre Montgomery et la 24ème : « it’s, like, I am talking to these guys who, like, don’t get it. They are, like, all over the place, like real idiots. Didn’t the company, like, interview them before, like, hiring them ? »

Nous sommes clairement entrés dans l’ère du like, qui provoque même une mutation de la langue parlée par les 35 ans et moins, toutes provenances confondues. Que ce soit dans les startups de SoMa, les bureaux du Financial District, les piqueniques dans le Golden Gate Park ou les restaurants design de Valencia Street, le mot like perd son sens originel et fait dorénavant le plus souvent office de remplissage, de transition entre pensées et verbalisation.

Faut-il en chercher la trace dans l’histoire ?

Du temps des arènes romaines, le ”like it (or not)” gestuel représentait un moment fort de tout combat, puisque d’un simple pouce auguste, dressé vers le ciel ou tourné vers la terre, dépendait la vie ou la mort du gladiateur.

Quelques siècles plus tard, dans la langue anglaise, le mot like avait une place très pratique, à mi-chemin entre désintérêt et amour, pour laquelle le français ne connaît pas d’équivalent aussi commun. Le like seul était assez neutre, fait pour l’entre-deux, le ni oui ni non. Si nécessaire, il pouvait être modulé en puisant dans un vaste choix d’adjectifs, afin d’exprimer un large spectre de sentiments.

Puis advint la récente inflation adjectivale, l’insidieuse pénétration du parler politiquement correct. Tout est devenu amazing, awesome. Le verbe love a peu à peu remplacé like, alors qu’il était précédemment réservé aux êtres vivants proche de son cœur et à certains objets vraiment exceptionnels, comme une meringue de Gruyère à la double crème.

Est-ce Facebook qui a redonné vie à like, en mélangeant les références du passé ? En créant l’icône du pouce levé sur le modèle romain et le liking à tout vent ? En tous cas, les degrés d’appréciation sont devenus aussi binaires que du code d’ordinateur. Ou peut-être pire encore. En effet, on aime en ”likant” – un nouveau verbe de la langue française, sauf erreur – ce qui fait grimper le thermomètre de popularité. Mais que signifie l’absence de likes ? Que faut-il en déduire ? Un nouveau syndrome appelé LDD (Likes Deficit Disorder), caractérisé par des abîmes de perplexité et des même symptômes d’anxiété va-t-il faire son apparition ?

Et surtout, y a-t-il un quelconque rapport entre toutes ces observations ? Expliquent-elles pourquoi les parlers du ”nerd” moyen de la Silicon Valley sont dorénavant truffés de like aux endroits les plus incongrus ?

Je n’en sais rien, mais me réjouis de tendre l’oreille sur la ligne du M2, lors d’un prochain passage à Lausanne, afin de vérifier si la tendance a traversé l’Atlantique. Selon certaines rumeurs, le ”comme” y remplacerait le like, ou devrais-je dire que le like est comme like le ”comme” ? Enfin, vous me comprenez …

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